Le livre du jour
“Le Populisme au secours de la démocratie ?”, de Chloé Morin
© Éditions Gallimard
La démocratie n’a jamais été une affaire simple puisqu’elle est, par définition, traversée de tensions et d’oppositions. Mais il faut reconnaître que rarement dans l’histoire son exercice aura été aussi compliqué qu’aujourd’hui. Après le succès public rencontré par son précédent essai, Les Inamovibles de la République (Éditions de L’Aube, 2020), qui mettait en exergue le rôle considérable des hauts fonctionnaires au sein des ministères, Chloé Morin publie Le Populisme au secours de la démocratie ? (Gallimard, 2021). La jeune politologue spécialiste de l’opinion publique, ancienne conseillère à Matignon, s’intéresse à cette anomalie politique que semble constituer l’émergence de mouvances populistes. Elle y voit pourtant l’expression d’une aspiration démocratique authentique mais insatisfaite.
- Des défis d’une ampleur inédite. Chloé Morin commence par dresser un état des lieux de la situation actuelle et des défis que doit relever le politique. Et ces défis sont nombreux ! Citons-en quelques-uns : les opinions se montrent de plus en plus volatiles d’une élection à l’autre et sont capables de se radicaliser alors même que les idéologies perdent en crédibilité. Le développement des réseaux sociaux court-circuite les médias et les partis traditionnels comme relais d’opinion. La défiance grandit à l’égard des institutions politiques. Le fossé se creuse entre représentants et représentés.
- Une nouvelle donne politique. Ces différentes tendances sont la plupart du temps étudiées isolément les unes des autres alors que réunies, elles modifient en profondeur nos pratiques de citoyens et le fonctionnement même de la démocratie : elles définissent ensemble une « nouvelle donne » politique et médiatique dont il s’agirait de prendre enfin la mesure. Mais nous sommes-nous adaptés à cette situation ? C’est ce dont doute Chloé Morin, qui s’appuie notamment sur le cas des Gilets jaunes pour montrer que « l’image et le symbole ont pris le pouvoir sur la statistique, bousculant ainsi l’analyse et le décryptage ».
- Où est passé le « nous » ? Un exemple frappant de cette désorientation actuelle vient de ce que, selon Chloé Morin, le « nous » semble avoir disparu devant la montrée de l’individualisme, la fragilisation économique et la disparition des « lieux qui créaient autrefois du commun » comme les colonies de vacances ou le service militaire. Or ni l’État, ni les partis, ni les syndicats ne parviennent à gérer la baisse de ce sentiment d’appartenance et cette « crise d’identité collective ». Les citoyens eux-mêmes se retrouvent démunis et sont tentés de choisir un « bouc-émissaire » pour cimenter un groupe. Ou alors, ils se victimisent pour mieux trouver leur place dans une société dont ils ont le sentiment qu’elle ne les reconnaît pas suffisamment.
- Le populisme comme « instinct de survie des démocraties en péril ». « Partout, si les peuples semblent se dresser contre la démocratie, s’attaquer au “système”, c’est – au moins en partie – que ce système ne joue plus son rôle », diagnostique Chloé Morin. Elle prévient du danger qui consiste à déconsidérer certaines idées en les qualifiant de « populistes ». Et appelle à revenir au débat. Faute de quoi, « n’étant plus entendues », les demandes authentiquement démocratiques, comme celle d’une égalité réelle, « se radicalisent, et finissent par s’extrémiser ou par renoncer à s’exprimer ». Bref, entre les citoyens, et la démocratie, c’est un peu « je t’aime, moi non plus ».
Le Populisme au secours de la démocratie ?, de Chloé Morin, vient de sortir chez Gallimard. Disponible ici.