Idéologie

Le RN est-il encore d’extrême droite ?

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Le RN est-il encore d’extrême droite ?

Perpignan (66), le 7 avril 2022. La députée du Rassemblement national (RN) et candidate à l’élection présidentielle Marine Le Pen, ici vue en silhouette alors qu’elle tient un meeting de campagne. © Lionel Bonaventure/AFP

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Le parti fondé par Jean-Marie Le Pen a changé depuis que Marine Le Pen en a hérité. Il affirme n’être plus antisémite, xénophobe, homophobe ni anti-républicain. Est-il encore d’extrême droite autrement que par héritage ? Pour le savoir, il faut plonger dans l’idéologie du Rassemblement national (RN), qui oppose les « enracinés » aux « nomades » d’en haut et d’en bas. Explications. 


L’extrême droite, c’est quoi ?

L’extrême droite est une notion difficile à saisir. Presque toujours péjorative, à la fois relative (à droite) et absolue (à l’extrême), elle peut être conservatrice ou révolutionnaire, libérale ou sociale, antisémite ou anti-musulmane (et quelquefois les deux en même temps). Elle recoupe des réalités historiques fort diverses. Pour tenir compte de cette polymorphie, on peut essayer de la saisir historiquement et conceptuellement comme une réaction contre la démocratie libérale, telle qu’elle s’est construite au XXe siècle, sous le signe de thématiques comme la vie, le peuple, la terre et le mythe. Rappelons également que de nombreuses approches sont possibles pour répondre à cette question : l’analyse d’un programme politique, la sociologie des militants ou des électeurs, le positionnement dans l’offre politique, le jeu des alliances, etc. Nous privilégions ici une analyse en termes de vision du monde, car celle-ci oriente sa pratique politique.

Si l’on veut identifier l’idéologie d’extrême droite de manière simple, trois éléments la définissent.

  • Le premier est la critique de la démocratie (notamment parlementaire) et de la prééminence du droit, au nom des intérêts du peuple et de l’autorité incontesté d’un chef.

  • Le second est un nationalisme virulent, souvent orienté vers le rejet de certains groupes ethniques ou culturels.

  • Le troisième est une vision pessimiste de l’histoire, où la décadence (morale, politique, sociale, etc.) ne peut être interrompue que par un sursaut radical.

Des mouvements aussi différents que le fascisme, le nazisme, l’Action française de Charles Maurras ou encore le national-bolchévisme répondent à ces critères. Le Front national historique également, car il a regroupé dès son origine des groupuscule divers (anciens de l’OAS, nostalgiques de la collaboration, admirateurs de Mussolini et de Hitler, catholiques traditionalistes, etc.) opposés à la Ve République, souvent racistes, antisémites, virilistes, adversaires des valeurs d’une société ouverte. Si les succès électoraux du FN, à partir des années 1980-90, ont contraint ses dirigeants à euphémiser leurs convictions, ils ne les ont pas empêchés d’adresser à leurs partisans des signes plus ou moins cryptés de leur fidélité à leur idéologie originelle. On se souvient notamment des saillies racistes, antisémites ou homophobes de Jean-Marie Le Pen. À cette époque, le parti restait condamné à demeurer dans l’opposition.

Qu’a fait Marine Le Pen pour transformer l’image son parti ? 

Arrivée à la tête du parti en 2011, Marine Le Pen a patiemment mis en place une stratégie de « dédiabolisation » destinée à supprimer les freins à sa progression électorale. Elle a ouvertement rompu avec l’antisémitisme (et avec son père), avec l’idée de supériorité de la race blanche, avec la haine affichée des ethnies non françaises, avec l’homophobie ainsi qu’avec l’antirépublicanisme. Elle a transformé l’idéologie de son parti, qu’elle a fini par faire rebaptiser, en 2018, Rassemblement national, pour marquer sa mue définitive.

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