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Le scepticisme bien tempéré

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Le scepticisme bien tempéré

© Séverine Scaglia pour PM

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Cet article est issu du numéro 9 de Philosophie magazine « 9 - mai 2007 », en kiosque le 26 avril 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Une théoricienne de l’essai et deux disciples de Montaigne s’accordent sur l’universalité de sa sagesse. De la recherche du bonheur à l’éloge de la tolérance, la vision de l’humaniste révèle toute sa modernité.

Marcel Conche et l’apologie de la tolérance

Montaigne semble revenir à la mode. Par au moins trois aspects, sa vision des choses est absolument en phase avec notre époque. Prenons d’abord sa conception générale de la philosophie. Montaigne construit la sienne sur le fond de cette ignorance fondamentale où l’homme est de sa condition. Contrairement aux philosophes classiques – Descartes, Kant ou Spinoza – pour qui il y a une vérité en philosophie et une seule métaphysique qui soit vraie (la leur), pour Montaigne, non seulement il n’y a pas de vérité absolue (scepticisme), mais il y a différentes manières possibles d’envisager la réalité et la signification de la mort (pluralisme). Le rôle du philosophe est alors de tout comprendre. Loin de s’enfermer dogmatiquement dans une vision exclusive, le philosophe est celui qui comprend les autres, la diversité des mondes dans lesquels vivent les cultures, les peuples, les individus. Autant dire qu’une époque comme la nôtre, qui rejette toute vision rétrécie et arc-boutée sur elle-même du monde, ne peut que trouver satisfaction dans les Essais.

Sa morale est aussi de notre temps. La morale des droits de l’homme est celle de notre époque. Montaigne en est le précurseur, le héraut. Car si les morales collectives sont multiples (chaque société a la sienne), celle des droits de l’homme est, pour lui, universelle. Quand la morale collective de son époque s’accommode de la torture, des procès de sorcellerie, de la colonisation, il lui oppose les droits universels de l’homme. Où l’on trouve la limite qu’il pose à son scepticisme… En ajoutant cette idée, fondamentale chez Montaigne, des droits de l’homme à celle du relativisme de toute vérité, vous obtenez ce principe, aujourd’hui incontesté dans notre façon d’envisager les autres cultures : la tolérance, qui n’est d’ailleurs pas toujours réciproque.

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