Le spectacle de la solitude

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The Sheridan Theatre (1937)

« Le motif de l’individu-masse paraît principalement dans la peinture des salles de spectacles. Les spectateurs de Hopper à la différence de ceux de Godard, qui appelle le cinéma le dernier “transport en commun”, demeurent seuls. Ils sont parmi sans être avec. Il privilégie la situation à la relation. La communication entre ces solitaires passe par la médiation du théâtre et du cinéma, ils restent passifs et ne participent aucunement à une manifestation, un défilé, un carnaval, une fête urbaine, foraine ou non. Finalement Hopper ne jouit pas de la ville. Il rejoint Walter Benjamin, pour qui les deux tonalités de la modernité sont la distraction et l’ennui.
La solitude de la consommatrice dans un bar (Nighthawks) résume ce paradoxe: exposée dans un lieu public elle demeure enfermée en elle-même, dans une étanchéité absolue, une bulle. Inversement, les scènes de couple, privées, sont médiatisées, exposées à la vue du spectateur. Ni intimité ni extériorité heureuse, la métropole favorise la solitude sans joie, soumise à la transparence. »