Entretien

Leo Coutellec : “La fiabilité scientifique doit rester l’objet d’une discussion ouverte au sein de la science”

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Léo Coutellec, pendant une captation des Entretiens de la bioéthique, “La bioéthique et ses territoires non-humains”, organisés dans le cadre des états généraux de la bioéthique en 2018

Léo Coutellec, pendant une captation des Entretiens de la bioéthique, “La bioéthique et ses territoires non-humains”, organisés dans le cadre des états généraux de la bioéthique en 2018. Capture d’écran © Droits réservés

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Le 29 octobre dernier, le Sénat a adopté à l’unanimité un amendement au projet de loi recherche visant à donner un cadre juridique précis à la notion d’« intégrité scientifique ». Quelle est votre opinion quant à cet amendement ?  

Léo Coutellec : Il existe en fait déjà de nombreux textes sur l’intégrité en recherche, que tous les grands centres de recherche et universités ont signé. Toutes ces avancées sont importantes : elles contribuent à installer progressivement l’idée qu’il est nécessaire d’encadrer l’activité scientifique par des normes, des critères (honnêteté, rigueur scientifique, impartialité des recherches, objectivité des résultats, confiance) qui nous aident à déterminer la fiabilité d’un résultat, et que les questions d’éthique de la recherche sont constitutives de la démarche scientifique. 

 

Avec la cacophonie d’une partie de la communauté scientifique à propos du Covid-19, cette mise au point juridique était-elle devenue une nécessité ?  

Une nécessité, probablement, mais il me semble que l’intégrité scientifique dans sa dimension normative ne peut pas être l’unique réponse à ce que vous appelez la « cacophonie » de la recherche à propos du Covid-19. Cette volonté de mettre de l’ordre, de trier le bon grain de l’ivraie, est ambigüe. Elle peut cacher une forme d’indifférence à ce que la science a de plus précieux, à savoir son auto-constitution en tant qu’espace pluriel de débats et de conflits, dans lequel la définition des normes n’est pas figée mais est l’objet d’une définition mouvante et évolutive, encastrée dans des situations particulières. Une définition qui, de plus, doit être adapté à la diversité des objets scientifiques : les normes de l’intégrité ne sont pas les mêmes en biologie, en physique quantique, etc. 

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