Généalogie d’une notion

Qu’est-ce que la déontologie ?

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Qu’est-ce que la déontologie ?

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L’Observatoire de l’éthique publique propose qu’un déontologue soit nommé au gouvernement. Mais comment définir cette « déontologie » que l’on prétend faire appliquer ? Correspond-elle à des doctrines philosophiques classiques, comme celles de Bentham ou de Kant ?

 

Le 17 mai 2022, dans une tribune au Monde, René Dosière, président de l’Observatoire de l’éthique publique, enjoignait le gouvernement à se doter d’« un déontologue » afin de pouvoir bénéficier d’une assistance sur diverses questions éthiques. La proposition semble être restée lettre morte. Mais les controverses sur le manque de transparence d’Emmanuel Macron en 2017, alors ministre des Finances, face à l’entreprise Uber, pourraient peut-être amener le gouvernement à reconsidérer cette proposition.

La nomination d’un déontologue pourrait possiblement aider à résoudre la crise de la confiance politique, ravivée ces dernières semaines. Il s’agirait, de même qu’au Parlement qui dispose déjà d’un tel organe, de doter l’exécutif d’un conseiller chargé de rappeler à chaque représentant ses obligations juridiques et éthiques. Au besoin, le déontologue pourrait même vérifier que les frais de représentation des ministres sont réservés à des dépenses professionnelles, et faire part de ses désaccords dans son rapport annuel. Jusque-là, tout paraît clair, à ceci près qu’on peut être embarrassé devant ce terme de « déontologie », qui se distingue de la morale ou de l’éthique. Retour sur le sens et l’origine d’un concept plus complexe qu’il n’y paraît.

La déontologie : un concept de Bentham

C’est au philosophe britannique Jeremy Bentham que l’on doit ce concept. Ce théoricien du droit, reconnu comme étant le père de l’utilitarisme, forge le concept de « déontologie », défini dans la Déontologie ou science de la morale, un ouvrage posthume publié en 1834. Bentham commence par rappeler, au chapitre 2, que déontologie « est dérivée de deux mots grecs, to deon (δέον, ce qui est convenable) et logia (-λογία, connaissance) » ; la déontologie est donc « la connaissance de ce qu’il est convenable ou juste […] de faire en toute occasion ». Or, la conception benthamienne de la justice a quoi surprendre : ce qui fait qu’une action est considérée comme bonne ou mauvaise, c’est sa « tendance à accroître ou diminuer la somme du bonheur public ». Loin de nous encourager à respecter inconditionnellement nos devoirs, le philosophe utilitariste s’intéresse bien plus aux conséquences de nos actions, bonnes ou mauvaises pour l’ensemble de la société. À tel point que Bentham n’hésite pas écrire, contre toute une tradition en philosophie morale qui s’intéresse aux intentions et non aux conséquences, que « la morale est l’art de maximiser le bonheur ». Tenant de ce qu’on a pu appeler une éthique conséquentialiste, Bentham considère en somme que la déontologie est la connaissance de ce qu’il est convenable de faire afin d’atteindre le plus grand bien commun.

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