Les remèdes

Les exercices spirituels

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Cet article est issu du numéro 25 de Philosophie magazine « 25 - hiver 2008 », en kiosque le 04 décembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

D’Épicure à Wittgenstein, nombreux sont les philosophes qui ont proposé des techniques pour se libérer de l’angoisse, de l’insatisfaction, du stress, du fanatisme ou de l’erreur… Voici une présentation des plus efficaces d’entre elles.

 

La cure d’Épicure

« Le plaisir est le principe et la fin de la vie bienheureuse », proclame Épicure dans sa Lettre à Ménécée. Vous avez le sentiment de ne pas savoir jouir de votre existence ? Cette maxime est pour vous. Mais ne vous réjouissez pas trop vite : avant de vous précipiter sur le foie gras, il vous faut méditer les principes de l’ascèse épicurienne, seule méthode brevetée au Jardin du plaisir philosophique. Loin de se vautrer dans l’hédonisme et la débauche, le sage épicurien se contente de peu, privilégiant certains plaisirs. « Parmi les désirs nécessaires, les uns le sont pour le bonheur, les autres pour l’absence de souffrances du corps, les autres pour la vie même. » Éviter la douleur, se conserver en bonne santé, manger à sa faim : telles sont les priorités d’une existence bienheureuse, construite non pas sur une accumulation de richesses mais sur une simplicité naturelle. La détresse de l’homme naît de son incapacité à réguler ses désirs, et sa douleur provient souvent du manque créé par des désirs vains, artificiels et illimités. Enfant, vous voulez un vélo, plus tard une mobylette, puis un break… Et ainsi de suite jusqu’à ce que vous vous lassiez de votre avion privé. Rien de tel qu’une bonne hygiène de vie pour éviter cela : avec le calcul des plaisirs épicuriens, c’est au pain et à l’eau que vous atteindrez le comble de la satisfaction.

Indications : À prendre une fois passés les excès de la jeunesse.

Effets secondaires : Ennui, sévérité. À force de tergiverser avant de commander un mojito, vous passerez pour un rabat-joie.

 

Plaisir sur ordonnance

Jouis ! Tel est l’impératif catégorique de l’hédonisme antique. Aristippe (Ve-IVe siècle av. J.-C.) et ses disciples les cyrénaïques pensent que les hommes vivent dans l’erreur et poursuivent de vaines aspirations, religieuses ou sociales, qui les dépossèdent d’eux-mêmes. Pour les guérir, ils soutiennent que la vérité ne réside pas dans le ciel platonicien des Idées, mais dans les sensations. Quant au souverain bien qui procure le bonheur, il se confond avec le plaisir. Non pas un plaisir négatif, conçu à la manière d’Épicure comme une absence de douleur, mais une volupté de tous les sens et tous les instants. Jouir, cela signifie magnifier le corps en tant qu’il perçoit, mange, fait l’amour et rit. Les anecdotes sur Aristippe nous le montrent se parfumer, s’habiller en femme et danser à la cour du tyran Denys, enchaîner les banquets et les visites chez les courtisanes. En outre, il ne cesse de provoquer ses semblables en usant d’une ironie féroce. Pour autant, l’hédonisme ne prône pas la débauche permanente, mais la constitution d’un soi autonome dans le jeu et la subversion. Une éthique et une esthétique de l’existence qui supposent de « maîtriser les plaisirs et de ne pas être subjugué par eux » (propos d’Aristippe rapportés par Diogène Laërce dans ses Vies et doctrines des philosophes illustres).

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