Un classique éclaire le présent

Les leçons de Thucydide… sur la crise au Groenland

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Les leçons de Thucydide… sur la crise au Groenland

Statue de Thucydide devant le Parlement autrichien, à Vienne (Autriche). © Jürgen Raible/akg-images

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« La justice n’intervient qu’en présence de forces égales. Dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder. » Ces mots, qu’on croirait prononcés par Donald Trump à l’adresse du Groenland, figurent dans un classique vieux de 2 500 ans : La Guerre du Péloponnèse, de Thucydide. Ils sont tirés d’un épisode fameux où Athènes assume son ambition impériale et argumente au service de la puissance, qui résonne étrangement avec notre actualité. 


 

C’est l’histoire d’une puissance hégémonique qui, défiée par un rival de plus en plus menaçant, désire étendre son empire et prendre le contrôle d’une île indépendante, colonisée des siècles auparavant, située au cœur de sa « sphère d’influence ». Non, nous ne parlons pas de Donald Trump, qui continue d’affirmer, en dépit de la résistance des alliés et des premiers concernés, son intention de faire du Groenland, pays constitutif du royaume du Danemark, un territoire américain. L’histoire évoquée remonte à l’Antiquité grecque. Thucydide (v.460-v.400 av. J.-C.) la raconte dans La Guerre du Péloponnèse. À 25 siècles d’écart, le sort tragique de l’île de Mélos n’en permet pas moins, peut-être, de tirer quelques leçons sur la logique de l’impérialisme, sa manière d’envisager le rapport aux autres nations, mais également ses faiblesses.

Nous sommes en 416-415 av. J.-C. La guerre du Péloponnèse, qui voit s’affronter Athènes, triomphatrice des Mèdes à la tête de la ligue de Délos, et Sparte, connaît une accalmie passagère. Soucieux d’affermir leur empire, les Athéniens exigent de la petite île des Cyclades Mélos [aujourd’hui Milos, autrefois aussi Milo, d’où provient la célèbre Vénus] qu’elle se soumette, intègre la ligue de Délos et paie un tribu. Ils envoient sur l’île « une députation chargée de faire aux Méliens des propositions » – plutôt un ultimatum : soumettez-vous ou nous vous soumettrons. Les Méliens refuseront, en dépit des menaces : ils entendent rester neutres, préserver leur indépendance.

La justice face aux rapports de force

Thucydide met en scène les discussions sous la forme d’un dialogue entre Méliens et Athéniens. La tension est palpable : « Le résultat de cette conférence sera la guerre, si, nous fondant sur notre bon droit, nous refusons de céder, ou la servitude, si nous nous laissons convaincre », disent les Méliens. Les navires athéniens stationnent aux abordes de l’île. C’est sous la menace que l’échange a lieu.

Les Athéniens commencent à justifier leurs exigences : « Nous ne soutiendrons pas que notre domination est juste […] Notre expédition contre vous a pour but de venger les torts que vous nous avez fait subir. » Si les Méliens étaient restés globalement neutres pendant la guerre, ils avaient tout de même apporté une aide à Sparte au début du conflit, comme le souligne le professeur britannique Alan Ryan dans On Politics (2012). Une proximité existait, Mélos avait été fondée par des colons spartiates. Les Athéniens s’empressent d’affirmer : « Ne vous imaginez pas nous convaincre, en soutenant que c’est en qualité de colons de Sparte », par respect pour des liens de parenté seulement, « que vous avez refusé de faire campagne avec nous et que vous n’avez aucun tort envers Athènes ».

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