Vertiges

Les mots justes : la chronique d’Étienne Klein

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Les mots justes : la chronique d’Étienne Klein

© Volodymyr Hryshchenko/unsplash

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Cet article est issu du numéro 182 de Philosophie magazine « Être démocrate, c'est quoi ? », en kiosque le 22 août 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Des « éléments de langage » politiques aux approximations scientifiques, la parole semble de plus en plus éloignée de ce qu’elle souhaite désigner. Au prix du souci de vérité ? 

 

Ces dernières semaines ont vu les campagnes électorales se succéder à une cadence inhabituelle. Comme vous sans doute, j’ai eu la désagréable impression que le vocabulaire de la politique devenait de plus en plus limité, de plus en plus caricatural, alors même que le monde sur lequel il ambitionne d’agir se montre de plus en plus complexe. Certains « éléments de langage » sont devenus si lancinants, si prévisibles, si creux qu’on en vient à se demander si une part du langage humain ne serait pas en voie de robotisation pure et simple. Ne sont-ce pas plutôt des machines qu’on croit parfois entendre ? Et ChatGPT n’a-t-il pas été l’auteur caché de certaines « professions de foi », ponctuées de mots totem si polysémiques qu’ils semblaient dépourvus de sens ?

Pareil constat est à la fois banal et… surprenant ! Surprenant, oui, car on aurait pu attendre de la sophistication croissante des analyses en tous genres et du progrès des connaissances qu’ils conduisent au contraire à un raffinement de nos façons de dire ! La politique en aurait profité, tout comme la science. C’est d’ailleurs ce qu’avait espéré Antoine Laurent de Lavoisier, l’inventeur de la chimie moderne. En 1789, dans son Traité élémentaire de chimie, il avait écrit : « On ne peut perfectionner le langage sans perfectionner la science, ni la science sans le langage, et que quelque certains que fussent les faits, quelque justes que fussent les idées qu’ils auraient fait naître, ils ne transmettraient encore que des impressions fausses, si nous n’avions pas des expressions exactes pour les rendre. »

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