Justice
Les multiples visages de Marine Le Pen
Tribunal de Paris, le 20 janvier 2026. Croquis de Marine Le Pen (au centre) lors de son procès en appel pour détournement de fonds publics européens dans une affaire d’emplois fictifs au Parlement européen. © Benoît Peyrucq/AFP
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Dans son procès en appel, la figure de proue du Rassemblement national apparaît tantôt comme parlementaire européenne, cheffe de son parti, fille de son père… Face à ces multiples visages, la justice doit tenter de distinguer les fautes et les responsabilités attachées à chacune « des » Marine Le Pen. Analyse.
Marine Le Pen avait une voix un peu plus aiguë, et semble-t-il, un peu moins assurée que d’habitude. Ce mardi 20 janvier, interrogée pendant plusieurs heures et debout face à la présidente de la Cour, la dirigeante du groupe RN à l’Assemblée nationale fait profil bas. Elle emploie à plusieurs reprises un vocabulaire quasi liturgique – « J’endosse les péchés de leurs espoirs déçus », affirme-t-elle par exemple à propos de ses collaborateurs. Ou encore : « C’est peut-être ma faute originelle : avoir fait travailler les assistants parlementaires au siège », phrase qui tranche particulièrement avec son attitude lors du premier procès, lors duquel elle n’avait cessé de dénoncer les collusions supposées entre la justice et la politique. Accusée de faits de détournements public, elle avait alors été condamnée en première instance à quatre ans de prison (dont deux ferme), 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire – la disqualifiant d’office pour les élections présidentielles.
Lors de ce procès en appel, Le Pen reconnaît que la situation a pu sembler « ambiguë », admettant presque à demi-mot la légitimité des accusations qui lui sont faites. En effet, comment prouver que les assistants parlementaires travaillaient pour le Parlement, si leur bureau était à côté de celui de Le Pen, situé à Nanterre, soit à 400 kilomètres du Parlement de Strasbourg pour lequel ils étaient censés œuvrer aux côtés de leur député respectif ? Où était Marine Le Pen de 2004 à 2016, période lors de laquelle elle est accusée d’avoir détourné des fonds européens ? Était-elle au Parlement ou à son siège ? Avec ses assistants de cabinet ou ses assistants parlementaires ? Ce procès revêt à ce titre une dimension géographique. L’audience se projette dans plusieurs lieux clés, comme une cartographie vivante de la vie du parti : « le carré » désignant les locaux du parti d’extrême droite à Nanterre, mais aussi « le paquebot », ancien siège historique du Front national, situé à Saint-Cloud et vendu en 2011, et enfin, le Parlement, qui désigne quant à lui la vie des députés, au cœur de ce procès historique.