Archéologie
Les papyrus d’Herculanum bientôt déchiffrés ?
Parchemin d’Herculanum scruté au laser, à l’Institut de France, par Brent Seales et son équipe. Capture d’écran. © EduceLab
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Trois chercheurs sont parvenus à décrypter une partie importante d’un des papyrus calcinés découverts il y a bientôt trois siècles dans la ville d’Herculanum, à proximité de Pompéi, ensevelie sous les cendres du Vésuve en 79. Grâce à l’intelligence artificielle, des bribes d’un traité épicurien inconnu se dévoilent. Une avancée qui pourrait avoir de grandes répercussions sur l’histoire de la philosophie.
Un premier mot, πορφύραc (porphyras, « pourpre ») avait été décrypté en octobre. Ce sont désormais quinze colonnes d’un des parchemins calcinés retrouvés à Herculanum, cité romaine ensevelie par l’éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ : 2 000 caractères, soit 5% du texte total. Depuis leur découverte dans les années 1750, ces rouleaux de parchemins fascinent. Plusieurs tentatives ont été entreprises, dès leur exhumation, pour les déchiffrer, mais elles se sont soldées globalement par des échecs – en les découpant, ou même en les déroulant minutieusement avec une machine conçue à cet effet. Finalement, en 2014, des chercheurs du CNRS et du CNR italien parviennent pour la première fois, sans fragiliser les parchemins, à en extraire quelques mots à l’aide de rayons X. Mais les avancées sont lentes.
Une décennie plus tard, le Vesuvio Challenge est lancé, impulsé notamment par quelques figures de la Silicon Valley : un prix d’un million de dollars est promis à qui parviendra à mettre au point une méthode permettant de « lire » les images 3D de deux parchemins scannés à l’aide d’algorithmes d’apprentissage automatique. Entre 1 500 et 2 000 personnes se lancent dans cette expérience de science participative ouverte à tous. Mais ce sont finalement les efforts combinés de trois jeunes chercheurs, l’Américain Luke Farritor, l’Égyptien Youssef Nader et le Suisse Julian Schilliger, qui ont réalisés les progrès décisifs tant attendus grâce à l’intelligence artificielle. Brent Seales, directeur du programme Digital Restoration Initiative qui travaille sur le sujet depuis vingt ans, souligne l’importance de l’avancée : « Nous sommes en train de prouver, non seulement à nous-mêmes mais à l’ensemble de la communauté internationale, que ces parchemins sont lisibles. »