Courant de pensée

L’esprit a sa théorie

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Cet article est issu du numéro 3 de Philosophie magazine « 3 - août/sept. 2006 », en kiosque le 27 juillet 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le problème de départ est un classique de la philosophie : comment l’homme construit-il sa relation au réel ? Selon quelles « médiations » ? La réponse était traditionnellement recherchée dans une description soit des opérations de la pensée (c’est l’histoire des catégories d’Aristote à Kant), soit des propriétés du langage (c’est le tournant de la philosophie analytique au début du XXe siècle).

L’originalité de Jean Gagnepain (1923-2005), mathématicien, agrégé de grammaire et auteur d’une thèse sur le celtique, a consisté à partir d’un repérage des pathologies du langage et à s’adresser à la clinique « comme quelqu’un qui étudierait la mécanique à travers les pannes de voiture ». Le pari était le suivant : la structure de la rationalité humaine ne se révèle jamais mieux que lorsqu’il lui « manque une case ». Toute la difficulté étant de parvenir à identifier les cases, avec l’avantage de disposer d’un test expérimental.

Au début des années 1960, Jean Gagnepain rencontre, à l’université de Rennes, le neurologue Olivier Sabouraud (1). Ensemble, ils s’intéressent à l’aphasie. Dans certaines formes, cette affection touche la faculté de désigner les choses. Du malade qui comprend « cigarettes » lorsqu’on lui demande de passer les lunettes à celui qui ne s’exprime plus que par litanie, les variétés sont nombreuses mais partagent un même symptôme : les mots n’adhèrent plus aux choses.

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