Géopolitique / Corée du Nord-États-Unis
La théorie du fou
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Cet article est issu du numéro 113 de Philosophie magazine « Y a-t-il encore une vérité ? », en kiosque le 28 septembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’escalade verbale et militaire entre Kim Jong-un et Donald Trump relance la théorie de la dissuasion nucléaire. Mais que faire lorsque les acteurs de ce jeu dangereux ne semblent pas être des acteurs rationnels ? Réponse avec Raymond Aron.
Le 3 septembre, la télévision nord-coréenne annonce que le sixième essai nucléaire de son histoire vient d’avoir lieu, avec cette fois une bombe à hydrogène. Quelques jours après avoir testé un missile au-dessus du Japon, le régime de Pyongyang montre qu’il est à deux pas de construire des missiles nucléaires à longue portée. Cette montée en puissance inquiète. Une attaque atomique nord-coréenne n’est plus impossible, de même qu’une intervention préventive américaine. Les théories classiques de la dissuasion semblent reprendre leurs droits. Auteur d’une somme sur le sujet, Paix et guerre entre les nations (1962) Raymond Aron explique que la démesure de la menace nucléaire a pour conséquence de dissuader les belligérants « de la guerre totale, de les inciter l’un et l’autre à la modération, de détourner chacun d’eux de porter atteinte aux intérêts vitaux de l’autre ». C’est plutôt rassurant et cela a fonctionné durant la guerre froide. La différence est que l’équilibre de la terreur confrontait deux Grands, les États-Unis et l’URSS, tandis que nous avons ici un Grand et un Petit. Cette asymétrie rend la situation instable, puisque Trump peut être tenté d’attaquer les sites nucléaires coréens tant que Pyongyang n’est pas encore à même de détruire une grande ville américaine. Aron envisage cette possibilité : « un Grand peut éliminer les moyens de représailles d’un Petit, entièrement ou presque ». Cette situation de pré-dissuasion est plus dangereuse que celle qui s’installera quand la Corée du Nord possédera la bombe.