Prospective
L’Europe, région la plus rurale du monde ?
Sainte-Eulalie, dans l’Ardèche (07). © Mr Xerty/Unsplash
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D’après les projections de l’ONU, l’Europe est en passe de devenir la partie du monde la plus rurale. Comment le continent qui a inventé la grande ville moderne résiste-t-il, plus que les autres endroits du globe, à l’urbanisation galopante ? Par des mouvements de retour à la campagne, et peut-être aussi en raison d’une forme de mal-être urbain. Analyse.
24,8% de la population européenne devrait vivre à la campagne en 2050, selon l’ONU. Le chiffre prospectif confirme certes le déclin du poids de la démographie rurale (27,7% en 2010, 30% en 2015 au sein de l’Union européenne). Entre 2014 et 2024, l’Europe a perdu 8 millions d’habitants ruraux (-8,3 %), tandis que les villes en ont gagné 10 millions. Cependant, cette diminution est beaucoup moins rapide que dans la plupart des autres régions du monde. Si bien que, d’ici un quart de siècle, le Vieux Continent – berceau de l’industrialisation et de l’urbanisme moderne – devrait être… la région la plus rurale du monde, devant l’Amérique du Nord (23%) et très au-dessus de la moyenne mondiale (17,2%). Parmi les espaces les moins ruraux en 2050 : l’Asie centrale et du sud (11,9%) ou encore l’Asie du Sud-Est (16,6%), qui compte parmi les régions les plus peuplées au monde.
Au départ, l’effacement du village…
À quoi tient cette stabilité de la population rurale en Europe ? On ne saurait l’imputer à la fécondité légèrement supérieure des populations rurales : si les habitants des campagnes font un peu plus d’enfants que les urbains, beaucoup de ces derniers quittent rapidement leurs terres natales pour faire des études et travailler en ville. L’exode rural est globalement terminé, avec le renversement radical et rapide de l’équilibre ville/campagne. Mais les régions rurales continuent à perdre une partie de leur population. Ce déclin amorce un cercle vicieux : moins d’habitants conduit à la disparition de certains services (écoles, cliniques, médecins, etc.), ce qui nourrit le sentiment d’abandon et de frustration – certains parlent de « peine géographique ».