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L’ignorant peut-il être heureux ?
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Cet article est issu du numéro 132 de Philosophie magazine « Que faire de nos émotions ? », en kiosque le 22 août 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Analyse des termes du sujet
« L’ignorant »
Celui qui ne sait pas, soit parce qu’il n’a jamais fait l’expérience de ce qui est à connaître, soit parce qu’il n’a pas reçu d’instruction.
« peut-il »
Possibilité existentielle, droit.
« être heureux »
Avoir accès au bonheur en éprouvant un sentiment continu de satisfaction, être content de son sort.
Défrichage
Premières intuitions
On envie parfois l’innocence de l’enfant, plus rarement le sourire de « l’idiot du village », mais souvent l’authenticité de la vie du berger qui vit en solitaire dans la montagne. Par contraste, l’érudit qui a lu tous les livres semble bien triste. On s’alarme de la dangerosité du savant fou. Connaissance et bonheur ne semblent donc pas liés.
Pourtant, le savoir offre à ceux qui le possèdent un pouvoir qui les protège des aléas de l’existence. L’expérience fait l’homme prudent, autonome, et donc possiblement heureux. L’ignorant, lui, semble être aisément manipulable. S’il est heureux, n’est-ce pas dans l’attente d’une cruelle désillusion ?
Un certain savoir semble donc utile au bonheur, mais, puisque l’homme n’est pas omniscient, il doit s’accommoder de ce qu’il ne connaît pas.
Exemples qui viennent à l’esprit
Le droit pénal postule que « nul n’est censé ignorer la loi ». Même si aucun juriste ne connaît toutes les lois, on ne peut se réfugier derrière l’argument d’ignorance pour justifier la quête de plaisirs qui nuiraient à autrui. Le bonheur passe par la connaissance et le respect des mœurs de son pays.
« Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des Cieux est à eux » (Évangile de Matthieu, 5,3). Cette parole attribuée à Jésus rappelle que le bonheur qui attend les cœurs purs dans l’au-delà ne requiert que la foi. Le savoir est inutile au salut.
Candide, le héros naïf du conte philosophique de Voltaire (1739), déduit de ses tribulations à travers un monde qui ne connaît que des drames qu’il faut se contenter de « cultiver son jardin ». Manger en paix des « cédrats et des limons » peut suffire au bonheur.