Aujourd’hui
Lou andreas-Salomé. Une vie faite œuvre d’art
© Lydia Lys Selimalhigazi pour PM
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Cet article est issu du numéro 31 de Philosophie magazine « 31 - été 2009 », en kiosque le 02 juillet 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Bien plus qu’une simple muse, Lou Andreas-Salomé a toujours su faire entendre sa voix. Sa vie et sa personne exercent une fascination intacte.
« Chaque garçon – et non chaque homme – a rêvé de rencontrer une fille qui soit à la fois Lætitia Casta et Simone de Beauvoir, qui allie beauté et intelligence. Or, c’est cette réconciliation qu’incarne Lou Andreas-Salomé à l’époque dans laquelle elle vit. Voilà pourquoi elle a fait perdre la tête à tant d’éminents penseurs, dont Nietzsche. Après s’être vu opposer un refus à ses demandes en mariage, celui-ci s’est réfugié à Gênes. Malheureux, il a écrit Ainsi parlait Zarathoustra, et j’aime à penser qu’il y a, en toile de fond de ce livre visionnaire, un deuil sentimental. Après les quelques lettres qu’elle a laissées et son autobiographie intitulée Ma vie, il ne reste plus grand-chose à découvrir sur l’existence historique de Lou Andreas-Salomé. Néanmoins, sa trajectoire est toujours une source d’inspiration : “Faire de sa vie une œuvre d’art” – c’était un thème cher à Foucault, qui l’a développé, notamment dans L’Usage des plaisirs. Pour être honnête, je pense que Lou Andreas-Salomé n’a pas écrit de très grands livres, mais qu’elle a été à la hauteur de ce défi. Elle fait partie de ces êtres rares qui savent rester vigilants et qui ont le souci, à tout âge, de ne jamais se départir d’eux-mêmes, de ne rien gaspiller de cette espèce de pierre précieuse que l’on est à 15 ou 16 ans. Enfin, il y a un autre aspect de la vie de Lou qui me touche : elle fait partie d’une génération d’Européens qui a su absorber les révolutions technologiques et en tirer du plaisir. Le train, le téléphone, le voyage et la communication l’ont grisée. Le souci de donner une forme esthétique à sa vie et le goût de la modernité : tels sont les deux traits qu’elle peut nous transmettre aujourd’hui. »