Manuel Maria Carrilho. Théoricien de terrain

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Cet article est issu du numéro 7 de Philosophie magazine « 7 - mars 2007 », en kiosque le 22 février 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le député socialiste portugais a deux amours, la politique et la philosophie. Ses engagements enrichissent sa pensée et il retrouve toujours avec délices les chemins de l’université.

« Il faut agir en homme de pensée et penser en homme d’action. » [1] Cette phrase du philosophe français Henri Bergson, Manuel Maria Carrilho l’a érigée en -maxime quand il était ministre de la Culture du Portugal. -Comme si elle avait été écrite pour lui, une maxime de composition en quelque sorte. Car le philosophe, et actuellement député -socialiste, se dit volontiers « bipolaire » : « J’ai toujours été -habité par ces deux passions, celle de la philosophie et celle de la politique. Une sorte de double personnalité : j’ai ce côté introspectif, spéc-latif, fermé sur moi-même, qui m’amène, quand j’écris un livre, à passer des semaines presque sans parler à personne ; et de l’autre, le goût de l’action, du monde, des gens. »

Adolescent déjà, il a hésité à suivre des études de droit, comme l’y encourageait son père, Manuel Engrácia Carrilho, l’un des « caciques » du régime salazariste, gouverneur de la région de Viseu sous la dictature. Il opte finalement pour la philosophie contre la politique. « Contre », pas tout à fait… Car, à la fin des années 1960, faire le choix de la philosophie, c’est bien plutôt continuer la politique par d’autres moyens, lui -trouver d’autres fondements. « Ma vie d’étudiant était divisée entre études de philosophie et opposition au régime, à la dictature », se souvient-il. Au lycée, bien avant qu’il n’adhère au parti socialiste, il anime un journal d’opposition, Geração de 60, censuré dès le deuxième numéro. Le père n’approuve pas, mais laisse faire, heureux de voir s’éveiller chez son fils la vocation politique qu’il avait toujours décelée en lui. Manuel Maria Carrilho participe aux luttes estudiantines, lit Jean-Paul Sartre, Gilles Deleuze, Michel Foucault et Louis Althusser. Dans le texte, bien sûr ! Car la traduction de ces œuvres libertaires ne pouvait qu’être interdite par le régime de Salazar.

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