Entretien
Massimo Cacciari : “Le problème n’est pas le fascisme historique, mais le glissement généralisé vers la droite de toute l’Europe”
Borgo Egnazia (Italie), le 13 juin 2024. Giorgia Meloni lors de la réunion des chefs d’État et de gouvernement des pays du G7. © Aleksy Witwicki/Sipa
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L’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni en Italie est souvent invoquée comme un précédent instructif pour se faire une idée de ce à quoi pourrait ressembler un gouvernement d’extrême droite en France. Massimo Cacciari, philosophe et ancien maire de Venise, et grande figure de la vue publique italienne, dresse un premier bilan de cette expérience.
Quelle a été votre réaction quand Giorgia Meloni est devenue présidente du Conseil en 2022 ? Avez-vous été surpris ?
Massimo Cacciari : Ce n’était pas du tout une surprise. Le poids croissant des votes dans le sud de l’Italie en faveur de la Ligue du Nord [parti populiste d’extrême droite, dirigé par Matteo Salvini] était déjà, en lui-même, un avertissement clair adressé aux forces de droite traditionnelles. Et la manière tout à fait confuse dont Salvini s’y est pris pour transformer la Ligue du Nord, régionaliste, en un parti national, a surtout eu pour effet d’ouvrir la voie aux Frères d’Italie [le parti de Giorgia Meloni, lui aussi populiste d’extrême droite]. Le vote est maintenant devenu complètement fluide. Mais, attention, à l’intérieur de deux « compartiments » assez étanches : un « ensemble droite » (avec la Ligue du Nord, Forza Italia, l’ancien parti de Silvio Berlusconi, et les Frères d’Italie) qui représente environ 50% des voix, d’une part, et un « ensemble ex-gauche historique » avec quelques composantes ex-démocrates-chrétiennes et libérales, qui représente à peu près 40% des voix, d’autre part. Attention, je parle d’« ensembles » et non de coalitions ! Ils n’ont ni la stratégie cohérente ni l’organisation d’une véritable coalition.
“Le projet de glissement général vers la droite de l’ensemble de la politique européenne est en train d’aboutir, et il ne peut réussir pour toutes les droites actuelles qu’en suivant la ‘ligne Meloni’”