Hors-série "Marcher avec les philosophes"

Michel Malherbe : le sens de la marche

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Cet article est issu du Hors-série n°N°34 de Philosophie magazine « Marcher avec les philosophes », en kiosque le 21 juin 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Qu’est-ce qui nous pousse à mettre un pied devant l’autre ? Les motifs les plus divers, pointe le philosophe Michel Malherbe. Mais si l’on se met en route avec une finalité, on finit par marcher sans fin. Pour le plaisir de laisser vagabonder la pensée en unissant le ciel et la terre.

 

Pourquoi marchons-nous ? Quel est le statut philosophique de la marche dans une époque qui valorise la randonnée et les pèlerinages ?

Michel Malherbe – La marche est une affaire de souffle et de jambes, de lieu et d’horizon et, de temps en temps, de philosophie. Et il est vrai que la question de la finalité de la marche est de nature philosophique puisqu’elle incite à réfléchir sur le rapport de l’action à sa fin : nos marches ne sont-elles pas des marches pour ? Je peux ainsi décider de marcher pour me retrouver moi-même, pour échapper à mes problèmes, pour fuir des contraintes, pour rencontrer Dieu, pour admirer un paysage, pour attraper un train, pour me maintenir en forme… À chaque fois, il y a marche pour. Tout cela relève de la première des deux catégories d’action possibles distinguées par Aristote : l’action est ici faite pour une autre action, en vue d’une fin qui lui est extérieure. Mais il existe une autre catégorie : celle des actions qui sont faites pour elles-mêmes. Et Aristote en donne deux exemples : on vit pour vivre et non pas pour autre chose, ce qui a pour corrélat que se poser la question du sens de la vie est… un non-sens. Le second exemple est que l’on pense pour penser, et donc se poser la question de l’utilité de la philosophie est également dépourvu de sens… J’ai envie d’ajouter un troisième exemple, à savoir – vous vous en doutez – qu’on marche pour marcher. Il n’y a pas forcément de but à la marche. Ou, pour le dire autrement, je pense qu’un marcheur commence par se donner une fin… qu’il finit par oublier. Une fois qu’il a pris l’allure, le bon rythme de la marche, le bon souffle, la destination n’a plus tant d’importance.
 

Tout de même, il faut bien s’assigner un but ?

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