Derrière le symbole
Michel Pastoureau : comment le corbeau est devenu un oiseau de malheur
© Tyler Quiring/Unsplash
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Dans son dernier ouvrage Le Corbeau. Une histoire culturelle (Seuil, 2021), l’historien Michel Pastoureau explique comment ce volatile aussi intelligent que bavard a été exalté par les peuples nordiques avant de devenir un symbole du mal dans le christianisme… pour finir réhabilité par les romantiques. Décryptage.
C’est l’histoire d’une déchéance. D’une déchéance culturelle en tout cas. Pourquoi le corbeau, autrefois vénéré, suscite-t-il autant d’aversion depuis le Moyen-Âge ? Michel Pastoureau, formidable historien des couleurs, est également passionné par l’histoire des animaux. Après plusieurs ouvrages sur l’ours, le cochon, le loup et le taureau notamment, il consacre son nouveau livre aux corvidés dans Le Corbeau. Une histoire culturelle.
Un oiseau vénéré chez les peuples nordiques
Les recherches contemporaines en éthologie menées sur l’intelligence animale confirment ce que l’on savait depuis l’aube de la civilisation : le corbeau est un animal qui a des capacités cognitives remarquables, à peu près semblables à celles des grands singes. Sa mémoire, sa sagacité à déjouer les pièges qu’on lui tend et à se jouer des autres animaux n’est sans doute pas pour rien dans le respect qui lui est témoigné dans les mythologies anciennes. Celles-ci, raconte Michel Pastoureau, reconnaissent en lui un oiseau ambigu, « à la fois intelligent et vaniteux, perspicace et querelleur, omniscient mais trop bavard », et lui réservent volontiers une place de « médiateur entre le monde des vivants et celui des morts ».