Eclairages
Natascha K., super-vivante
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 5 de Philosophie magazine « 5 - hiver 2006 », en kiosque le 07 décembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Kidnappée enfant, la jeune Autrichienne a retrouvé la liberté après huit années de séquestration. Elle défie notre compréhension par sa force psychologique et sa capacité d’adaptation.
Quoi de plus terrible, demandait Deleuze, que d’être pris dans le rêve d’un autre ? Et comment ne pas faire de Natascha K., la jeune femme-enfant séquestrée huit ans durant dans le rêve d’un enfant-homme, comment ne pas faire d’elle une femme-objet -intellectuel ? Plutôt qu’ajouter une pierre à la prison de commentaires qui commence à l’emmurer vivante, essayons de repérer quelques failles et lignes de fuite qui devraient lui permettre de continuer à échapper à l’analyse.
1) Après avoir fait l’expérience étrange d’être morte de son vivant, Natascha K., en réapparaissant alors qu’on ne l’attendait plus, est à présent dans l’extraordinaire situation de s’être survécu. Est-elle une « sur- » ou une « sous-vivante », comme certains rescapés des camps nazis se désignaient eux-mêmes ? Son appétit de liberté en ferait plutôt une super--vivante, dont l’âme serait aujourd’hui en expansion comme un gaz trop longtemps comprimé. Son empathie semble ne rencontrer aucune limite. Les femmes violées du Mexique, la faim en Afrique, tout est bon pour cette âme-monde, cette pure conscience éduquée par la radio, la télé et les magazines, incarnation d’un Zeitgeist (« esprit du temps ») tout médiatique.