Suicide assisté

François Galichet : “Choisir sa mort est le dernier acte de la liberté dans son sens le plus essentiel”

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François Galichet : “Choisir sa mort est le dernier acte de la liberté dans son sens le plus essentiel”

François Galichet, philosophe. © DRFP/Leemage

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Au début du mois de mars, onze membres de l’association Ultime Liberté, qui milite pour la légalisation du suicide assisté en France, ont été mis en examen pour avoir aidé des personnes en fin de vie à se procurer un barbiturique létal, utilisé légalement en Belgique ou en Suisse. Parmi eux, un philosophe, François Galichet, professeur honoraire à l’université de Strasbourg. Nous nous sommes entretenus avec lui pour comprendre la position d’un penseur devenu hors la loi et la vision de la mort qui sous-tend son engagement. 

 

Qu’est-ce que l’association Ultime Liberté ?

François Galichet : Il s’agit d’une association qui milite pour la liberté de choisir le moment, le lieu et les modalités de sa propre mort. En pratique, nous voulons que la loi française autorise le suicide assisté et l'euthanasie volontaire. La plupart d’entre nous sont des déçus de l’association pour le droit de mourir dans la dignité [ADMD]. À l’ADMD, nous recevions des demandes de personnes en situation de grande souffrance, qui voulaient pouvoir mettre fin à leur vie sans attendre que la loi évolue. Et nous ne pouvions rien faire, puisque l’ADMD ne voulait prendre aucun risque légal. C’est pour ne pas accepter cette impuissance qu’a été fondée Ultime Liberté. Depuis cinquante ans, nous nous battions sans être entendus : il était donc temps de passer à des méthodes plus offensives.

 

C’est-à-dire ?

Dans un premier temps, Ultime Liberté se contentait d’orienter les gens vers la Suisse ou la Belgique, où la pratique est légale. Mais tout le monde n’a pas les moyens d’aller à l’étranger, surtout en fin de vie. C’est à ce moment-là qu’est apparue sur Internet la possibilité de se procurer de manière fiable du Pentobarbital, le barbiturique utilisé en Suisse et en Belgique, qui permet de partir sans souffrance et en quelques minutes. Nous avons donc commencé à indiquer aux gens qui le souhaitaient comment se procurer le produit.

““J’estime que notre devoir moral vaut plus que la loi”
François Galichet

 

Et c’est là que les ennuis judiciaires ont commencé ?

Il y a un an et demi, nous avons appris que cent trente personnes qui détenaient du Pentobarbital avaient été perquisitionnées, Parmi elles, il y avait trente adhérents de notre association. À partir de là, nous nous sommes abstenus de toute aide active à la commande du produit – tout en continuant à informer de son existence ceux qui le souhaitaient. Et il y a deux semaines, onze d’entre nous ont été mis en examen. Nous étions aux limites de la légalité, nous le savions, mais c’est un choix délibéré. Face aux détresses qui continuent à se manifester avec tant d’intensité, j’estime que notre devoir moral vaut plus que la loi. Et stratégiquement, l’illégalité a aussi une vertu pédagogique : attirer l’attention sur notre combat. L’illégalité ne me gêne donc pas, car notre combat est légitime, et le légitime d’aujourd’hui est souvent le légal de demain. Prenez l’exemple de l’interruption volontaire de grossesse, qui s’est pratiquée dans l’illégalité pendant des années. Dans ce cas, accomplir un acte illégal devient paradoxalement une œuvre juridique pour améliorer le droit de demain.

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