La notion
“Nativisme”
© Markus Spiske/Unsplash
Cet article est issu du numéro 155 de Philosophie magazine « À quoi voit-on qu’on a vieilli ? », en kiosque le 02 décembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Raciste, xénophobe, identitaire : comment qualifier la droite extrême contemporaine ? Aucun de ces termes n’est faux, mais il faut leur en adjoindre un autre pour comprendre comment ce discours qui oppose des Français « de souche » et d’autres « de papier » a contaminé le débat public : « nativiste », selon le titre du dernier livre des sociologues Christophe Bertossi, Jan Willem Duyvendak et Aurélien Taché (Les Petits Matins). « La conception nativiste de la société refuse l’égalité entre les citoyens et propose de les classer par ordre d’arrivée et de proximité (ethnique, religieuse ou culturelle). » Elle vise non seulement les minorités issues de l’immigration mais également les membres d’une « “élite multiculturaliste” et “cosmopolite” », véritables « étrangers de l’intérieur », accusés de saper l’unité de la communauté nationale. C’est en vertu de ce culte de l’homogénéité que le discours de « l’ultra-droite » trouve aujourd’hui en France un écho chez les républicains universalistes. L’universalisme n’est plus conçu comme un principe d’émancipation face à toutes les appartenances, il devient l’alibi d’un « mode de vie » particulier qui exclut le pluralisme libéral. Cette inflexion est notamment visible dans l’émergence d’une « conception identitaire de la laïcité ».