Hors-série "Platon"

Nietzsche et Platon : contre l’être, pour le devenir

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Cet article est issu du Hors-série n°n°45 de Philosophie magazine « Platon. Comment sortir de la caverne ? », en kiosque le 11 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Nietzsche définit sa philosophie comme un « platonisme inversé ». Tout en lui s’oppose aux entités métaphysiques platoniciennes, valorisées au détriment de la vie. Mais il partage avec Platon l’ambition politique d’ériger de nouvelles valeurs et de forger un homme nouveau.



« Ma philosophie, platonisme inversé : plus on est loin de l’étant véritable, plus pur, plus beau, meilleur c’est. La vie dans l’apparence comme but. » Dans ce Fragment posthume de 1870, Nietzsche revendique une opposition frontale au « platonisme ». On sait que celui qui « philosophe à coups de marteau » n’est pas du genre à suivre docilement les valeurs traditionnelles : le Bien, le Beau et le Vrai ne sont pas, pour Nietzsche, des valeurs absolues. Produits de la civilisation « socratique », Nietzsche montre également la survivance de ces valeurs dans la morale judéo-chrétienne.

Des entités inexistantes

Or Nietzsche n’est pas un nihiliste, et il n’entreprend pas de déconstruire les valeurs traditionnelles pour le simple plaisir de détruire. S’il s’en prend aux valeurs du platonisme, c’est parce qu’elles lui semblent menacer la vie : en nous invitant à sortir de notre caverne pour nous élever à la contemplation des Idées, Platon dévalorise du même coup le monde sensible dans lequel nous vivons. Le « monde vrai » auquel rêve le philosophe est « inaccessible » : les Idées platoniciennes, supposées éternelles et immuables, n’ont aucune existence véritable, parce que notre monde est un flux chaotique d’apparences contradictoires et mouvantes. Nietzsche reproche à la tradition métaphysique issue du platonisme de construire des entités métaphysiques inexistantes, qui sont valorisées au détriment de la vie. L’être immuable d’un Bien absolu est opposé au devenir permanent des choses sensibles ; l’âme, immortelle et une, est valorisée contre le corps périssable.

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