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Orelsan : qui est vraiment la “boss” ?

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Orelsan : qui est vraiment la “boss” ?

Le rappeur Aurélien Cotentin, dit Orelsan, chez lui en Normandie. © Eric Guidicelli/Maxppp

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Dans son morceau Boss, le rappeur Orelsan confesse que c’est sa femme qui décide de tout – à la maison. La chanson rejoue ainsi un mythe solidement ancré dans la culture patriarcale : celui de la « fée du logis », analysé par Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe.


L’intérieur pour elle, l’extérieur pour lui

« C’est pas moi l’boss », scande le rappeur Orelsan dans Boss, un des titres de son dernier album, La Fuite en avant (Sony Music, 2025). Le rappeur, en tournée en ce moment, qui prévoit notamment dix dates de concert dans la célèbre salle de Bercy, s’amuse facétieusement à confesser qu’à la maison… il ne décide de rien. Ni des vacances, ni du resto, encore moins de la déco. La rengaine est connue. C’est même un classique des dîners entre amis : « À la maison, c’est Madame qui décide de tout », « il faut demander à la patronne ». Hommes, pères et compagnons la prononcent avec un petit sourire en coin, ou un clin d’œil – prenant l’air bravache de celui qui a abdiqué sans rancune une part de sa volonté personnelle. C’est précisément ce petit jeu (de dupes) que pratique le rappeur dans son morceau Boss.

“L’homme ne s’intéresse que médiocrement à son intérieur parce qu’il accède à l’univers tout entier et parce qu’il peut s’affirmer dans des projets” Simone de Beauvoir

 

« Faut qu’j’vous raconte quelque chose sur mon couple, que moi-même, j’ai mis beaucoup de temps à m’avouer. Mais j’pense que ça pourrait être libérateur […] c’est pas moi l’boss. » Le morceau s’ouvre sur un soi-disant aveu d’échec, une confession. Le rappeur « lève le masque » et souhaite montrer à son public que derrière la célébrité se cache un mari penaud, qui plie piteusement face à la volonté de fer de sa femme. En première écoute, le portrait qu’il fait de sa compagne paraît donc plutôt avantageux. On croirait de prime abord entendre un éloge de l’empowerment féminin… jusqu’à ce que soient mentionnés les domaines d’expertise en question : le choix de la décoration, de la série du soir ou encore du restaurant. Si la femme commande, le règne de sa volonté reste confiné – selon les dires du rappeur – à la sphère domestique et à celle du couple. Ce faisant, Orelsan rejoue (inconsciemment ?) la dichotomie entre la femme qui gouverne le monde « du dedans » et l’homme qui part à la conquête « du dehors ». Comme l’écrit Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe (1949), « l’homme ne s’intéresse que médiocrement à son intérieur parce qu’il accède à l’univers tout entier et parce qu’il peut s’affirmer dans des projets ». Tandis que l’épouse choisit – et compose – le nid familial, il s’en va parcourir le monde… notamment pour écrire des chansons et pour subvenir aux besoins du foyer. « J’peux payer les factures mais c’est pas moi l’boss », se vante discrètement le rappeur.

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