Entretien

Orna Donath : “Taire le regret maternel peut causer du tort et de la souffrance aux mères comme à leurs enfants”

Temps de lecture : 5 min

Orna Donath : “Taire le regret maternel peut causer du tort et de la souffrance aux mères comme à leurs enfants”

Orna Donath, en 2017 © Basso Cannarsa / Opale / Leemage

Cet article est réservé aux abonnés.

Regretter d’être mère : ce sentiment, encore largement tabou, gagne de plus en plus en visibilité sur les réseaux sociaux, suscitant, au passage, de vives réactions d’indignation. La sociologue israélienne Orna Donath éclaire les ressorts de cette douleur puissante, que l’on rejette trop souvent dans le silence. 

 

On peut regretter la maternité et aimer son enfant ?

Orna Donath : Presque toutes les femmes qui ont participé à l’étude que j’ai menée m’ont répété à maintes reprises qu’elles aiment leurs enfants en tant qu’êtres humains, qu’elles aiment qui ils sont. Mais elles réprouvent la configuration singulière de la relation qu’elles entretiennent avec ces enfants, et ce que la maternité implique en termes de changements de vie, d’opportunités perdues, etc. J’ajoute que, étant donné que beaucoup de ces femmes ont ressenti des regrets dès le moment où elles sont tombées enceintes, nous pouvons dire que ce n’est pas l’enfant lui-même qui est regretté, mais bien la maternité. On peut aimer et regretter en même temps – il ne s’agit d’un paradoxe que si nous appréhendons nos émotions de manière binaire, plutôt que d’en comprendre la complexité. La maternité est une relation dynamique et réciproque, qui n’est pas vécue de la même façon par toutes les mères. Elle fait partie d’un éventail d’expériences et de relations humaines, et n’a rien d’un lien unilatéral et monolithique. La mère influence la vie de son enfant, mais le lien va aussi dans l’autre sens : elle est affectée par la maternité de multiples manières, même si nous méconnaissons cette diversité. Il est urgent d’examiner ce spectre des émotions humaines impliquées dans la maternité.

“Le regret maternel invite à envisager la maternité comme une relation concrète et complexe, plutôt que comme un royaume sacré”
Orna Donath

 

On comprend qu’exprimer le regret d’être mère soit difficile à exprimer d’un point de vue individuel : une mère ne veut pas blesser son enfant. Mais le regret d’être mère, comme le refus de la maternité, sont aussi des tabous sociaux ?

Cet article est réservé aux abonnés