Hors-série "Orwell"

Orwell et Sartre : l’individu contre les identités de groupe

Temps de lecture : 4 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du Hors-série n°n° 48 de Philosophie magazine « George Orwell, ça nous regarde », en kiosque le 25 février 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

 

 

Orwell goûtait peu les philosophes : trop de grands concepts, trop peu d’attention au réel. Ainsi, dans sa recension des Réflexions sur la question juive de Sartre en 1948, il dénonce l’oubli de la singularité des individus au profit de catégories collectives qui ignorent la diversité humaine, par-delà les classes et les origines.


 

Orwell n’était pas féru de philosophie. Il n’appréciait pas beaucoup, d’ailleurs, les philosophes, qu’il tenait pour les figures par excellence des intellectuels qui occultent la subtilité du réel à coups de grands concepts et d’idéologie. « Dans les écrits d’Orwell, fictionnels ou non, il y a peu de bons intellectuels », relève l’essayiste anglais Martin Tyrrell dans « Orwell and Philosophy » (1996), qui poursuit : « Quand ils se présentent, ils se contentent, en général, de proférer des mots dépourvus de sens. Si leurs propos sont confus : au mieux, c’est par inadvertance ; au pire, c’est délibéré. »

Ce reproche fondamental, on le retrouve dans la critique des Réflexions sur la question juive de Sartre qu’Orwell publia, en 1948, dans The Observer, quasiment sa seule recension d’un ouvrage de philosophie. Dans une lettre à un ami, il donne le ton : « Je pense que Sartre est une outre pleine de vent. » Impression confirmée dans l’article qu’Orwell consacre à l’ouvrage : « au début, Sartre nous informe que l’antisémitisme n’a pas de fondements rationnels ; à la fin, que l’antisémitisme n’existera pas dans une société sans classes. »

Cet article est réservé aux abonnés