Pascal vu par Chateaubriand

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Cet article est issu du Hors-série n°n° 42 de Philosophie magazine « Blaise Pascal, l’homme face à l’infini », en kiosque le 01 juillet 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Extrait – Un siècle et demi après la mort de Pascal, Chateaubriand, dans un texte fameux aux accents préromantiques, fait le portrait d’un génie des sciences, des lettres et de la philosophie. Récit du passage d’un météore, c’est l’ébauche de la figure légendaire d’un personnage à peine humain, précurseur aux dons sublimes.

 

« Il y avait un homme qui à douze ans avec des barres et des ronds avait créé les mathématiques  qui à seize avait fait le plus savant traité des coniques qu’on eût vu depuis l’antiquité  qui à dix-neuf réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l’entendement  qui à vingt-trois ans démontra les phénomènes de la pesanteur de l’air, et détruisit une des grandes erreurs de l’ancienne physique  qui à cet âge où les autres hommes commencent à peine de naître, ayant achevé de parcourir le cercle des sciences humaines, s’aperçut de leur néant, et tourna ses pensées vers la religion  qui depuis ce moment jusqu’à sa mort, arrivée dans sa trente-neuvième année, toujours infirme et souffrant, fixa la langue que parlèrent Bossuet et Racine, donna le modèle de la plus parfaite plaisanterie comme du raisonnement le plus fort  enfin, qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut par abstraction un des plus hauts problèmes de géométrie et jeta sur le papier des pensées qui tiennent autant du dieu que de l’homme  cet effrayant génie se nommait Blaise Pascal. »

 

François-René de Chateaubriand, Génie du christianisme, III, l. 2, chap. VI, in Œuvres complètes, t. II, Garnier Frères, 1828, p. 313.

 

François-René de Chateaubriand (1768-1848)

Écrivain, précurseur du romantisme français. Monarchiste, il fut ambassadeur et ministre des Affaires étrangères sous la Restauration. Publiés à titre posthume (1849-1850), les Mémoires d’outre-tombe, son œuvre majeure, lyrique et mélancolique, mêlent récit autobiographique et témoignage historique.Paru près d’un demi-siècle auparavant, le Génie du christianisme (1802) fit événement et donna le signal d'un retour du religieux après la Révolution.

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