Passeport biométrique. Plus rien à déclarer !
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Cet article est issu du numéro 119 de Philosophie magazine « Le culte de la perfection. Jusqu’où s’améliorer ? », en kiosque le 26 avril 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Ce document équipé d’une puce électronique est censé être le garant de votre identité. Mais il permet surtout de rendre plus fluide la transhumance de voyageurs moutonniers, réduits à une masse anonyme. Circulez, y a plus personne à voir ?
Il est désormais clair que, pour voyager en avion – et notamment pour se rendre à l’étranger –, il faut d’abord devenir un « quiconque », c’est-à-dire se départir de toute identité propre. Essayez donc de vous singulariser, de vous présenter en clamant quelque chose comme : « Mais enfin, vous me connaissez ! », et il est à peu près certain que vous n’embarquerez pas. Et pour transformer un « quelqu’un » en un « quiconque », j’ai observé quelques procédés et un passeport…
En premier lieu, il y a le traitement concret d’une situation. Il s’agit, bien sûr, de permettre à un petit nombre de fonctionnaires de gérer des flux importants d’êtres animés, en faisant en sorte que le processus ne soit interrompu par aucun accroc, aucune singularité. La méthode est celle de bergers ou d’éleveurs chargés de la transhumance de bêtes en grand nombre. Elle a été améliorée dans les mondes concentrationnaires. Qu’il s’agisse de têtes de bétail, de détenus des camps ou de voyageurs à l’aéroport, on observe les mêmes procédures : longues files jalonnées de balises, signalées par des écriteaux, encadrées de barrières, de cordons, de chaînes… Fonctionnaires en uniforme aux points d’hésitation, aux carrefours, aux failles prévisibles, là même où le dispositif pourrait se révéler défaillant. Menaces plus ou moins explicites pour qui dérogerait aux règles inscrites dans l’espace. Gardes armés à chaque issue. Intervention immédiate des autorités au premier mouvement de foule…