Théâtre
Petites morts adolescentes
“L’Éveil du printemps” de Frank Wedekind – mise en scène de Clément Hervieu-Léger © Brigitte Enguerand, coll. Comédie Française
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Cet article est issu du numéro 120 de Philosophie magazine « À quelle vitesse voulons-nous vivre ? », en kiosque le 31 mai 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La Comédie-Française programme une pièce rarement montée de Frank Wedekind, louée par Freud et Lacan : “L’Éveil du printemps”. L’auteur allemand embrasse dans cette tragédie sans pudeur les sujets qui hantent les adolescents : désir, honte, rivalité, mort, sexualité…
« On croirait que le monde entier tourne autour de deux choses : le pénis et le vagin », s’écrie l’un des protagonistes de L’Éveil du printemps. Clément Hervieu-Léger met en scène cette pièce rarement montée de Frank Wedekind (1864-1918), précurseur de la psychanalyse, imaginant des phénomènes de groupes à la façon d’un sociologue. Louée par Freud et interdite pour pornographie dès sa publication en 1891, la tragédie vertigineuse de l’auteur allemand embrasse sans pudeur les sujets qui travaillent les adolescents, dans une révolte contre l’ordre moral sans idéologie. Quinze ans avant les Trois Essais sur la théorie sexuelle de Freud (1905), avant l’essor de la psychanalyse, Wedekind fait le tour des préoccupations excitées par la naissance du désir : le sadomasochisme, le suicide, la masturbation et l’autoérotisme, l’avortement, les considérations sur la mort, la honte et la rivalité… « Je ne peux pas parler tranquillement de la reproduction », affirme ainsi Moritz, l’un de ces jeunes interprétés avec talent par Christophe Montenez. En vérité, aucun d’entre eux ne le peut calmement ; l’adolescence n’est pas un état où l’on peut s’arrêter.