Exposition

Picasso méditerranéen

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Picasso-Marseille

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Cet article est issu du numéro 119 de Philosophie magazine « Le culte de la perfection. Jusqu’où s’améliorer ? », en kiosque le 26 avril 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Inscrite dans le cadre d’un projet de recherche établi sur trois ans, l’exposition “Picasso. Voyages imaginaires” souligne l’épaisseur mythologique des œuvres de l’artiste. Elle en dévoile l'imaginaire synthétique, puisant dans l’Antiquité, le folklore populaire et l'art africain.

« Si on marquait sur une carte tous les itinéraires par où je suis passé et si on les reliait par un trait, cela figurerait peut-être un minotaure », déclare Picasso, énigmatique sinon sphinx. Depuis l’an dernier, et jusqu’en 2019, un vaste projet de recherche et d’expositions met en valeur le rapport de l’artiste à la Méditerranée, à l’initiative du Musée national Picasso-Paris. Du Maroc à l’Italie, en passant par Malte, l’Espagne ou la France, les lieux qui l’ont inspiré sont aujourd’hui reliés par un fil rouge. À Marseille, où le peintre passe une partie de son été en 1912, le Mucem et le Centre de la Vieille-Charité tablent sur les « voyages imaginaires » de l’artiste, lui qui déclare : « J’aurais aimé être maure ou oriental », tout en se hâtant d’ajouter : « Cependant, je déteste l’exotisme. » De fait, les tristes tropiques de Picasso s’inspirent surtout d’œuvres vues au musée d’ethnographie du Trocadéro – « J’ai compris pourquoi j’étais peintre. Tout seul dans ce musée affreux, avec des masques, des poupées peaux-rouges, des mannequins poussiéreux » –, de sculptures africaines collectionnées par ses amis Derain, Matisse ou Leiris, ainsi que d’un ensemble de cartes postales qu’il collectionne. Beaucoup sont présentées dans l’exposition qui se tient aujourd’hui au centre de la Vieille-Charité, au milieu de chefs-d’œuvre mais aussi d’objets d’art africains et de vestiges antiques. Ces face-à-face éclairent la démarche syncrétique de Picasso, qui emprunte à l’histoire des représentations, de l’Égypte ancienne à l’art africain en passant par le folklore populaire, tendant dans son art à une « forme d’exorcisme ». Sa Femme nue au bonnet turc cumule ainsi des traits propres aux sculptures africaines, une posture antique, l’œil Oudjat pharaonique et un turban oriental. En complément de cette riche exposition, le Mucem documente le voyage de Picasso à Naples, où il puise l’inspiration pour le ballet Parade, auquel il collabore à la demande de Serge Diaghilev. « L’Antiquité grouille toute neuve dans ce Montmartre arabe », se réjouit-il. En puisant dans cet imaginaire de synthèse, Picasso donne à ses œuvres une épaisseur mythologique. Pour définir la révolution qu’il opère, Daniel-Henri Kahnweiler, son marchand et l’un des premiers à soutenir le cubisme, évoque ainsi la particularité de cet art « renonçant à toute imitation afin de charger l’aperception du spectateur d’imaginer le visage qui existe seulement dans sa conscience ». Cette puissance réflexive explique-t-elle la fascination suscitée par l’œuvre de Picasso, sinon sa postérité ?

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