Sortie
Pierre Dac, loufoque et philosophe
Pierre Dac et Francis Blanche dans le sketch “Le Sâr Rabindranath Duval” en 1960. © Archives Jacques Pessis
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Une exposition truculente au Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris explore la vie et l’œuvre de l’humoriste Pierre Dac, en rappelant combien son goût de l’absurde et du loufoque était traversé par des questionnements philosophiques.
C’est à une expérience sensible inédite que se prête le visiteur au cœur de l’exposition du Musée d’art et d’histoire du judaïsme « Pierre Dac. Le parti d’en rire » : traverser les salles d’un musée au milieu des éclats de rire diffus, comme si l’esprit de sérieux propre à l’espace muséal ne pouvait résister à la fantaisie qui s’affiche sur les murs et se déploie à travers les extraits des émissions de télé et de radio animées par l’humoriste (Signé Furax, La Société des loufoques, La Course au trésor…). Rire et entendre rire autour de soi au cœur d’une exposition relève déjà de l’exception. Mais, ce rire ne serait pas remarquable s’il n’était mêlé à une expérience de pensée secrète. Car Pierre Dac (1893-1975) n’était drôle qu’à proportion de son intelligence, de son rapport baroque à la philosophie, ou plus exactement à sa manière farfelue d’en faire lui-même. Car dans ce drôle d’endroit pour une rencontre avec l’humour, c’est la profondeur d’un esprit subtil qui accompagne le rire, le conditionne et l’excède à la fois. En publiant à la fin de sa vie ses Pensées, en parodiant sur la couverture de l’ouvrage la silhouette et le costume de Pascal avec sa perruque et sa cravate, Pierre Dac afficha ouvertement son envie d’en découdre avec la philosophie, pour mieux s’attaquer aux mœurs de son époque, développant également une certaine idée de la condition humaine. En jouant de et avec la tradition philosophique, il s’agissait moins pour lui de la moquer que d’y puiser les ressources d’une pensée faisant feu de tout bois. Dans l’avant-propos de ses Pensées, il écrivait ceci, comme un manifeste de son jeu de déconstruction de la langue philosophique :
“Aussi est-ce en vertu de cet universel constat que j’ai, au cours de ma déjà longue carrière (de ma déjà longue carrière de pierre, puis-je même dire, puisque tel est mon prénom), accumulé en les amoncelant, et réciproquement, un nombre aussi considérable que très important de pensées cogitées et réfléchies par moi en toute connaissance de juste cause et de raison pure, ainsi qu’en toute impartiale et sereine objectivité. Poil à la vérité”