Éducation
Pierre-Michel Menger : “La baisse du niveau scolaire en mathématiques est une menace pour la démocratie”
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Le classement mondial Pisa affiche des résultats préoccupants pour les mathématiques en France. Nous avons demandé au sociologue Pierre-Michel Menger, qui a récemment co-dirigé l’ouvrage Le Monde des mathématiques (Seuil, 2023), d’analyser ces mauvais résultats. Ses propos sont alarmants : la France, dans son éducation aux mathématiques, n’est ni efficace, ni équitable.
La France enregistre son plus bas niveau en mathématiques dans le classement international Pisa depuis les années 2000. Êtes-vous surpris par ces résultats ?
Pierre-Michel Menger : Dès les années 1980-90, avant que l’on se réfère aux études Pisa, les classements nationaux montraient déjà une chute du niveau scolaire des élèves français en mathématiques. Nous avons longtemps minimisé ce problème, à tel point que lorsque les évaluations Pisa du début des années 2000 sont apparues, nous avons contesté leur méthodologie, comme si nous voulions nous prémunir d’un choc. Cette période de dénégation passée, nous avons enfin pris conscience que notre niveau académique n’était pas à la hauteur des exigences que nous nous étions fixées. C’est d’autant plus paradoxal que, de son côté, la recherche française en mathématiques est une référence sur le plan international : notre pays est au deuxième rang mondial pour le nombre de médailles Fields [le « prix Nobel » des mathématiques] obtenues. Dans le même temps, le réservoir d’excellents élèves censés alimenter la recherche et l’enseignement supérieur s’amenuise. Dans le dernier classement Pisa, la part des élèves qui atteignent les niveaux 5 et 6 aux tests, qui sont les plus hauts scores, a fortement diminué ces dernières années. Il faut se rendre à l’évidence : nous faisons face à une crise dont nous entrevoyons maintenant la profondeur. Ce choc est relayé dans les médias depuis seulement deux ou trois ans, mais il n’est pas nouveau.