Pierre Rosanvallon : « L’élection ne suffit plus »
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Cet article est issu du numéro 23 de Philosophie magazine « 23 - octobre 2008 », en kiosque le 25 septembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Trois questions à... Pierre Rosanvallon. Historien et professeur au Collège de France, il analyse les transformations de la démocratie contemporaine.
Dans La Légitimité démocratique, vous soutenez que nos démocraties vivent des transformations sans précédent. Lesquelles ?
Pierre Rosanvallon : Depuis les grandes révolutions du XVIIIe siècle, les démocraties s’étaient organisées autour d’idées et d’institutions relativement inchangées ; le suffrage universel et la représentation. Or, depuis les années 80, il s’est produit un décentrement. L’élection est toujours le principal mode de désignation des gouvernants, mais elle n’implique plus une légitimation a priori des politiques qui seront menées par eux. Il ne suffit plus d’être élu pour avoir la confiance des citoyens. Au contraire, se met en place une « démocratie de la défiance » : via les sondages, via la presse, mais aussi par le biais de nouvelles activités associatives et citoyennes, les gouvernants, à peine élus, se voient surveillés, défiés, rappelés au fait qu’ils n’incarnent pas la volonté générale mais seulement une majorité temporaire. La définition des institutions démocratiques s’est de son côté élargie avec le développement des cours constitutionnelles et de hautes autorités. Le gouvernement vient par exemple de créer un « contrôleur général des lieux de détention ». C’est reconnaître qu’il a besoin d’un tiers indépendant pour surveiller son propre fonctionnement.