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Pierre Vesperini : généalogie de la non-démocratie en Amérique

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Pierre Vesperini : généalogie de la non-démocratie en Amérique

Le Congrès américain en 2008. © Chip Somodevilla/Getty Images/AFP
 

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Si les États-Unis, au-delà des suites du vote du 3 novembre, ont un problème avec la démocratie, c’est que les pères fondateurs se sont surtout inspirés des philosophes et des auteurs romains, qui ne craignaient rien tant que le pouvoir du peuple. Voici une tribune érudite, inquiète et révoltée du spécialiste de philosophie antique Pierre Vesperini.

Depuis des semaines, tous les sondages placent Biden devant Trump. Dans n’importe quelle démocratie digne de ce nom, nous pourrions donc attendre avec confiance les résultats de l’élection du 3 novembre. Pas aux États-Unis. Pourquoi ? Chacun connaît la réponse, qui tient en deux mots : Collège électoral. Cette institution a déjà par cinq fois donné la victoire au candidat qui avait recueilli le moins de voix. L’avant-dernière fois, c’était en 2000 : le perdant, Al Gore, avait près d’un demi-million de voix de plus que George W. Bush. Et la dernière, ce fut en 2016, où Hillary Clinton obtint près de trois millions de voix de plus que Donald Trump. Jamais on n’avait atteint un décalage d’une telle ampleur. 

Ce phénomène, qui peut – et doit – paraître totalement insensé, s’explique par l’hostilité résolue des Pères fondateurs envers le principe démocratique : un homme, une voix. Il fallait selon eux empêcher à tout prix que le popular vote désignât le chef de l’État. Et c'est la raison pour laquelle ils mirent au point cette institution d’une complexité byzantine : le Collège électoral. Tout cela est bien connu. Mais ce qui l’est beaucoup moins, c'est la généalogie antique de cette décision.

On a encore trop souvent l’habitude d’opposer les États-Unis à l’Europe comme le « Nouveau monde » à la « Vieille Europe », d’imaginer que l’American Experiment naît d’une sorte de tabula rasa politique et de croire que les Pères fondateurs étaient de farouches défenseurs du principe démocratique. En réalité, non seulement les Pères fondateurs – notamment Thomas Jefferson, John Adams, Alexander Hamilton, James Madison, James Monroe, James Wilson – étaient depuis l’enfance parfaitement nourris et pénétrés de culture classique, mais c'est dans l’Antiquité qu’ils cherchaient les repères destinés à les orienter dans leur recherche passionnée des institutions les meilleures.

 

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