Pierre Zaoui. « Extraordinaire pour soi, ordinaire pour tous »

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Cet article est issu du numéro 44 de Philosophie magazine « 44 - novembre 2010 », en kiosque le 28 octobre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour Pierre Zaoui, qui vient de publier La Traversée des catastrophes (Seuil), la séparation amoureuse, la maladie et le deuil sont autant d’épreuves initiatiques.

 

Parmi les catastrophes existentielles que vous analysez, quelle place la mort occupe-t-elle ?

Le philosophe, en général, raisonne essentiellement sur le fait de sa propre mort ou sur la possibilité du meurtre de l’autre, mais le plus insupportable selon moi, ce n’est pas cela : c’est la mort de celle ou de celui qu’on aime. L’expérience de la maladie et l’expérience amoureuse me semblent de ce point de vue bien plus fondamentales que celle de la mort ou du meurtre. D’abord, parce qu’aimer c’est toujours aimer au risque de la mort de l’autre, qui est d’une tout autre teneur affective et conceptuelle que sa propre mort. Ensuite, parce qu’aimer ou accompagner l’être aimé tombant malade, c’est chercher justement, non à dénier ou à relativiser abstraitement la mort – c’est au contraire l’absolu le plus concret et le plus épouvantable –, mais à en repousser l’échéance et la pensée le plus loin possible.

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