Métaphysique

Pourquoi, chez eux, Dieu n’est-il pas mort ?

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Cet article est issu du numéro 24 de Philosophie magazine « 24 - novembre 2008 », en kiosque le 30 octobre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Alors que l’Europe, avec le siècle des Lumières, a initié la séparation entre religion et société, le Nouveau Monde n’a jamais proclamé la mort de Dieu.

Représentons-nous Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal convoqués par l’archevêque de Paris et reconnaissant leur plus grave péché – ces bouleversants mea culpa étant retransmis en direct à la télévision. Laissons à la fantaisie du lecteur le soin de donner un contenu à ces aveux. Une telle scène est impensable. Mais pas dans toutes les républiques. Le 16 août dernier, John McCain et Barack Obama se sont rendus dans une gigantesque église de Californie et ont été confessés par le célèbre pasteur baptiste Rick Warren. Le républicain s’est reproché d’avoir raté son premier mariage. Le démocrate s’est accusé d’un égoïsme juvénile qui l’a amené à fumer de la marijuana et à boire. Mais les candidats ont affirmé leur indéracinable foi chrétienne et leur détermination à combattre le mal. Ceux qui pensaient que le départ de George W. Bush allait mettre fin à l’amalgame entre religion et politique en sont pour leurs frais. Le prochain président des États-Unis sera, tout comme l’était Bill Clinton, un croyant convaincu.

Si la religion est si profondément inscrite dans la vie politique et sociale américaine – à travers l’intérêt pour les convictions des dirigeants, la prégnance d’une religion civile qui réunit les confessions les plus diverses, le messianisme national, une pratique forte, le goût pour la prière et le sermon –, ce n’est pas seulement dû à l’évolution des conditions historiques mais bel et bien à des raisons philosophiques. La pensée, outre-Atlantique, n’a pas suivi le même chemin que sur le Vieux Continent. Elle a évité les remises en cause de la religion qui ont ponctué les trois derniers siècles de notre histoire.

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