Cinéma

“Présidents” : Hollande-Sarkozy, c’est reparti pour un (troisième) tour !

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Dans le film “Présidents” d’Anne Fontaine, Grégory Gadebois incarne François Hollande et Jean Dujardin Nicolas Sarkozy

Dans le film “Présidents” d’Anne Fontaine, Grégory Gadebois incarne François Hollande et Jean Dujardin Nicolas Sarkozy. © Universal Pictures France

Rarement un film n’aura semblé aussi anachronique… et pourtant tout à fait dans l’ère du temps. Alors que les récentes élections régionales ont attesté d’un retour de la politique française à l’affrontement de deux idéologies historiques (socialistes à gauche et républicains à droite), le film Présidents (réalisé par Anne Fontaine, en salles depuis mercredi) nous replonge dans la France de 2012 et le duel du deuxième tour de la présidentielle Sarkozy-Hollande.

On y découvre sans surprise, à travers un comique de sous-entendus manquant parfois de légèreté, un François Hollande (joué par Grégory Gadebois) mollasson et un Nicolas Sarkozy nerveux, énervé et énervant, incarné par Jean Dujardin. Deux figures aux personnalités et aux idées tout à fait opposées, qui semblent s’inspirer de deux grandes conceptions divergentes de la politique que sont les positions hobbesiennes et rousseauistes. Ainsi Hollande prône l’art de la réconciliation et de la coopération collective à la Rousseau, quand Sarkozy voit dans le rôle du chef de l’État une mission héroïque et incarnée à la manière du Léviathan d’Hobbes. Les deux tenteront toutefois de dépasser leurs différends pour s’allier et protéger la tête de l’État d’une Marine Le Pen proche de l’élection. Mais sont-ils vraiment faits pour s’entendre ?

 

Profils politiques

Ce qui marque d’abord, dans la présentation comique de ces deux personnages, c’est l’extrême manichéisme politique dont ils font preuve. Ainsi découvre-t-on Nicolas Sarkozy en inépuisable leader, « autorité forte » aurait écrit Thomas Hobbes –  l’auteur du Léviathan –, tirant sans cesse un binôme plus hésitant vers la conquête du pouvoir. Sa motivation est noble, légitime : l’homme veut partir en guerre contre le chaos, celui du lepénisme et de l’extrême droite, qui plane sur la France. Tout devient alors bon pour éviter cet état de « guerre de tous contre tous », dans un contexte où la haine est sur le point de se retrouver au pouvoir. S’il veut se présenter aux élections, c’est avant tout pour sauver la sécurité et la liberté des citoyens français… quitte à s’allier à son adversaire socialiste pour arriver à ses fins.

François Hollande, lui, ne sait pas. Tranquillement retiré de la vie politique dans un petit village de Corrèze, il rappelle celui qui visitait les fermes de Mayenne en costume et en bottes lors de sa campagne. Et, contrairement à Nicolas Sarkozy, son ennemi n’est pas clairement nommé : « Je veux la coopération plutôt que la compétition », affirmait justement le (vrai) François Hollande lors des présidentielles de 2012. Dans une conception rousseauiste du monde, Hollande refuse la loi du plus fort, qui ne saurait instaurer un pouvoir pérenne, et cherche toujours à faire consensus. « C’est ce qu’il y a de commun entre les différents intérêts qui forme le lien social », écrivait déjà Rousseau dans son Contrat social. D’où cette association burlesque (et légèrement calculée) avec son meilleur ennemi ?

 

1-0 pour Rousseau

Contre toute attente, c’est, tout au long du film, la passivité rousseauiste de Hollande qui semble l’emporter petit à petit sur la vigueur hobbesienne de Sarkozy. Ce dernier, éternel nerveux, admire la tranquillité de son allié socialiste. Et si l’ex-chef de l’État socialiste peut ici paraître simplet, il est parfois sain pour l’esprit de rester simple. Une vision du monde qui rappelle un autre ouvrage de Rousseau : Les Rêveries du promeneur solitaire. Isolé sur les rives du lac de Bienne, le philosophe reconvertit en botaniste y écrit : « Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. » Tout le film se déroule d’ailleurs entre petits villages tranquilles et paysages de campagne absolument magnifiques — c’est sans doute là une raison supplémentaire d’aller le voir.

 

Présidents, un film d’Anne Fontaine, avec Jean Dujardin, Grégory Gadebois, Doria Tillier et Pascale Arbillot. En salles depuis mercredi. Durée : 1h40.

Retrouvez notre dossier consacré à la présidentielle 2012
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