Santé
Quand le manque de sommeil altère notre rapport au réel. Entretien avec le médecin Damien Léger
© Toa Heftiba/Unsplash
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D’après une enquête de l’Institut national du sommeil et de la vigilance, les Français dorment quatorze minutes de moins qu’en 2024. Sur cinquante ans, nous avons même perdu une heure et demie de sommeil par jour. Les conséquences ? Des risques de comorbidité mais aussi un esprit moins apte à hiérarchiser les informations qu’il reçoit, donc à bien assimiler la réalité. Explications avec le docteur Damien Léger, spécialiste du sommeil et auteur de La France insomniaque (Odile Jacob, 2025).
Les Français dorment moins. Quels sont les risques pour la population ?
Damien Léger : Cela revient à s’exposer à de très nombreux risques de comorbidité bien établis comme le surpoids, l’obésité, le diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires telles que l’hypertension ou l’infarctus du myocarde. Dormir trop peu augmente aussi le risque d’anxiété, de dépression, d’accidents de la route et du travail. Moins on dort, moins on est conscient de son alimentation, de son hygiène de vie, moins l’on a l’envie de bouger, de faire du sport. Les chercheurs de notre équipe Vigilance Fatigue Sommeil et Santé Publique ont montré que des jeunes adultes privés de sommeil ont tendance à rester beaucoup assis à consulter leur téléphone, à grignoter plus et plutôt des aliments gras ou sucrés.
“Avec une dette chronique de sommeil, c’est la perception même de la réalité qui est altérée”
C’est l’être tout entier qui s’atrophie ?
Et il s’agit d’une véritable épidémie car nous sommes passés, en vingt ans, de 10% à près d’un quart des Français qui disent dormir moins de 6 heures par nuit les jours de semaine. Ainsi, nuit après nuit, ils développent comme une dette de sommeil qui grandit au fur et à mesure de la semaine. Les jeunes adultes sont particulièrement touchés, comme les professionnels aux horaires de nuit ou décalés, les parents de jeunes enfants, les adultes plongés dans les réseaux sociaux ou les séries vidéo à répétition. Certains arrivent à éponger leur dette de sommeil le week-end. Beaucoup n’y parviennent pas car ils sont très pris par leur famille ou leurs loisirs et ne récupèrent que lors de congés. Vous parlez d’une atrophie de l’être mais, avec une dette chronique de sommeil, c’est la perception même de la réalité qui est altérée.