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Quand les robots se créeront tout seuls

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Quand les robots se créeront tout seuls

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Une équipe du MIT a conçu un robot capable de créer, de manière autonome, sa propre structure. Cette capacité est en général considérée comme un trait distinctif du vivant par rapport à la matière inerte. La robotique fait-elle voler en éclats cette frontière ? Pas vraiment, affirmerait la philosophe Hedwig Conrad-Martius.

La capacité du petit robot imaginé par une équipe du Massachusetts Institute of Technology à « se générer » lui-même sème un certain trouble. N’est-ce pas un trait caractéristique du vivant que de constituer son propre corps, sa forme matérielle caractéristique, par l’absorption d’une matière extérieure ? C’est en effet le cas, comme le note la philosophe allemande Hedwig Conrad-Martius (1888-1966) dans Die « Seele » der Pflanze (L’Âme des plantes, inédit en français, 1934) : la vie est caractérisée par une « autostructuration ». Le robot en question serait-il donc vivant ? Ou bien faut-il revoir les critères de caractérisation du vivant ? Il faut surtout, affirmerait Conrad-Martius, souligner les différences fondamentales entre le mouvement de « croissance » du robot et celui de la plante.

  • Absorption et accumulation. D’abord, la croissance vivante « se produit […] par stockage de la substance absorbée dans les cellules et les groupes de cellules de l’organisme ». Le processus est une forme de remodelage aussi bien interne qu’externe. En revanche, le robot croît par une forme d’« accumulation » des éléments nouveaux à sa périphérie. Sa croissance est purement externe. On pourrait toutefois imaginer, sans contradiction, un robot qui réaliserait des formes semblables d’absorption.
  • Transformation chimique. Le robot créé par l’équipe du MIT ne peut utiliser que des éléments donnés déterminés pour s’édifier. Or le vivant, lui, transforme ce qu’il absorbe pour l’adapter à ses besoins : « En véritable chimiste, [il] assimile à [lui]-même, à sa propre matière vivante, la matière élémentaire absorbée à travers des processus complexes. » Là encore, cependant, ne pourrait-on pas imaginer un robot « chimiste » qui procèderait de même ? La distinction, qui fonctionne dans les faits, semble insuffisante en droit.
  • Reproduction. Le vivant n’est pas seulement capable de croître, mais également de se reproduire. Pour Conrad Martius, les deux sont indissociables – ils participent d’un même mouvement vital. « Croissance et reproduction s’entrappartiennent au plus haut point. » On peut penser « la reproduction comme “croissance au-delà du niveau individuel”. Nous pouvons aussi bien renverser l’expression : la croissance est une “reproduction” au sein d’une individualité. La croissance est un engendrement et une structuration constante de la plante ou de la cellule vivante à partir d’elle-même. » Mais on rencontre à nouveau, semble-t-il, le même problème de démarcation.
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