Divergences

Que faire de nos addictions ?

Temps de lecture : 4 min

Que faire de nos addictions ?

De g. à dr. et de bas en haut : Bernard Stiegler, Augustin d’Hippone, Baruch Spinoza, Gilles Deleuze. © Wikimedia Commons

Cet article est réservé aux abonnés.

Le « Dry November » (« novembre sobre ») se termine bientôt et vous vous demandez quoi faire de votre passion un peu trop dévorante pour la boisson ? Quatre philosophes nous éclairent sur ce qu’est un rapport sain à ses addictions. 


Augustin : retrouver sa volonté unie par la foi

Pour Augustin d’Hippone (354-430), l’addiction est une emprise maligne qui scinde notre volonté et que l’amour de Dieu doit combattre. Au livre VIII des Confessions, il admet les difficultés qu’il eut plus jeune à renoncer à la sexualité : « J’avais dit : Seigneur, donne-moi la chasteté et la continence, mais ne le fais pas tout de suite. En vérité, je craignais d’être trop vite exaucé et trop vite guéri du mal de ma convoitise, que j’aimais mieux voir assouvie qu’éteinte. » Cette formule que tout addict a déjà prononcée (je veux arrêter, mais pas tout de suite) s’explique par la mauvaise tendance qu’a notre volonté à se diviser sous l’action de diverses influences. Pour Augustin, l’addiction est une corruption de l’âme parce qu’elle nous fait vouloir et ne pas vouloir en même temps. « C’est une maladie de l’esprit qui ne se dresse pas tout entier quand la volonté se soulève, parce que l’habitude l’alourdit. » La vertu consiste, pour le philosophe chrétien, à reconnaître avec honnêteté et humilité ce qui l’asservit, et de s’en détourner en aimant Dieu.

Cet article est réservé aux abonnés