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Régis Obadia : « Des pôles d'énergie qui se déversent sans retenue »
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Cet article est issu du numéro 23 de Philosophie magazine « 23 - octobre 2008 », en kiosque le 25 septembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À travers la danse, la théologie ou la criminologie, l’œuvre de Fedor Dostoïevski touche le corps et l’âme, revendique le christianisme et modernise le repentir.
« J’ai découvert Dostoïevski vers 17 ans. Puis j’ai rencontré ma femme, une dramaturge russe, et nous avons commencé à travailler sur une mise en scène de L’Idiot. Ce qui est frappant chez cet auteur, c’est la dimension orale de son écriture. Il emploie la langue de tous les jours et dicte ses œuvres : celles-ci s’apparentent à d’abondants flux de mots qui donnent le vertige. L’expérience relève davantage du choc émotionnel que de la recherche littéraire. L’absence quasi totale de descriptions est capitale chez Dostoïevski. Les traits physiques des personnages ne sont pas détaillés, si bien qu’il est difficile de leur donner un visage. L’approche des corps, omniprésents, est résolument non occidentale : parce qu’ils ne sont pas peints avec précision, ils deviennent des pôles d’énergie qui se déversent sans retenue. Ce rapport frontal ne peut qu’inspirer le chorégraphe. En laissant libre cours aux tensions du corps, on touche à l’âme, car celle-ci est le principe ou le moteur qui anime le corps et non une réalité séparée. Pour la mise en scène de L’Idiot, j’ai travaillé avec des acteurs russes, pour m’imprégner du flot dostoïevskien sans établir de rapport uniquement intellectuel au texte. »