Cinéma

“Matrix Resurrections” : l’éternel retour de l’autre

Temps de lecture : 6 min

Keanu Reeves et Carrie-Anne Moss, à nouveau en tandem dans “Matrix Resurrections”

Keanu Reeves et Carrie-Anne Moss, à nouveau en tandem dans “Matrix Resurrections”. © 2021 Warner Bros. Entertainment Inc. et Village Roadshow Films (BVI) Limited

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Ressusciter une saga comme Matrix après presque deux décennies d’absence est un pari risqué. Le quatrième volet y parvient avec un certain succès, en suivant une double logique : la (relative) retenue visuelle d’une épopée numérique qui a marqué les esprits par une identité esthétique forte équilibre l’exacerbation d’une métaphysique de la relation déjà sous-jacente dans les premiers films. Ou comment Lana Wachowski réécrit l’histoire de la trilogie en faisant du même, un autre.

 

« Nous racontons toujours les mêmes histoires », assure Matrix Resurrections dans une prise de distance « méta » dont la récurrence a été soulignée, avec délectation ou agacement, par les critiques. Mais précisément, cette nouvelle histoire n’est ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Elle propose une variation sur le même motif, une réécriture à partir du même noyau essentiel qui évite le jeu de la surenchère, du toujours-plus (Matrix 3 était déjà, de ce point de vue, à la limite de la surcharge). Retour aux sources – à la source, selon ce même chemin qu’emprunte Neo, le protagoniste de la première trilogie. L’esthétique elle-même se veut plus sobre, moins exubérante.

Au commencement, était la matrice

Une même histoire, donc. Au début de Matrix Resurrections, le personnage de Neo (Keanu Reeves), dont les aventures précédentes suivent le chemin tortueux de la sortie de la matrice à son retour vers elle, dans un geste final de sacrifice pour le salut de l’humanité, est de nouveau prisonnier de la simulation. Une nouvelle version de la matrice, du moins, où il joue le rôle d’un génial concepteur de jeux vidéo. Son grand œuvre n’est rien d’autre que la version précédente de la matrice. Tous ses souvenirs ont été transmués, par un programme de manipulation, l’Analyste, en une forme de délire – folie d’un créateur vidéoludique qui a fini par prendre ses inventions pour la réalité. L’effet d’illusion qui garantit que la majorité des humains connectés à la matrice n’en prennent pas conscience, n’est donc plus seulement passif et sensoriel : il implique une dimension active et narrative à laquelle Neo prend part. « La matrice instrumentalise les rêves, les idées, dit l’Analyste. Plus on manipule les gens et plus ils génèrent d’énergie », en se débattant contre les mensonges déversés en eux.

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