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“Rembobiner” : devenir-femme

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“Rembobiner” : devenir-femme

Rembobiner © Théâtre du Point du Jour

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Cet article est issu du numéro 178 de Philosophie magazine « Comment cultiver la bonne humeur ? », en kiosque le 21 mars 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le collectif Marthe fait revivre sur scène le travail de la réalisatrice Carole Roussopoulos, dont les documentaires témoignent de l’effervescence politique des luttes féministes de ces cinquante dernières années.

 

« Y a qu’à pas baiser ! » Carole Roussopoulos attrape cette parole d’une passante, alors qu’elle suit, caméra au poing, la première manifestation de femmes en faveur de la libération de l’avortement et de la contraception, à Paris en 1971. Elle en fait le titre d’un de ses documentaires. Il alterne des séquences de rue et des images d’un avortement illégal, réalisé par des militantes féministes. Autodidacte, la cinéaste a fait de ces prises de vue sur le vif sa méthode, elle qui a commencé à filmer après avoir acheté sur les conseils de son ami Jean Genet, le Portapak, la première caméra portable disponible pour le grand public. Deux actrices du collectif Marthe ravivent son souvenir et celui de toute une génération dans ce beau spectacle à la forme très simple – un décor réduit à quelques accessoires, un projecteur, un portant et quelques costumes. Elles ne montrent aucune des images filmées par la cinéaste mais préfèrent les évoquer, en les rejouant : les actions du Front homosexuel d’action révolutionnaire, les manifestations des ouvrières des usines Lip, l’actrice Delphine Seyrig, amie de Roussopoulos, lisant des extraits du SCUM Manifesto… Avec légèreté mais sérieux, elles reviennent à cette effervescence politique, qui fait place à ce que Gilles Deleuze appelait dans Mille Plateaux le « devenir minoritaire », soit ces parcours subversifs qui tendent à l’autonomie. Le « minoritaire » n’est pas l’état de minorité ; il s’agit, au contraire, d’un processus créatif. Il existe ainsi, pour le philosophe, un « devenir-femme qui concerne l’homme tout entier, hommes et femmes y compris. » Car « devenir-minoritaire est une affaire politique, et fait appel à tout un travail de puissance, à une micro-politique active ». Active et joyeuse !

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