Renata Salecl. “Pas besoin de croire à une idéologie pour qu’elle vous aliène”
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Cet article est issu du numéro 63 de Philosophie magazine « 63 - octobre 2012 », en kiosque le 28 septembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Selon la philosophe slovène Renata Salecl, le capitalisme tardif a mis au point une stratégie retorse pour nous soumettre : l’illusion de choix illimités.
Votre propos s’appuie sur un paradoxe : nous serions aujourd’hui aliénés par la profusion de choix qui nous est offerte. Que voulez-vous dire ?
Renata Salecl : Il suffit de réfléchir au désarroi qui peut nous envahir lorsque nous avons la possibilité de zapper entre deux cents chaînes de télévision et que nous nous trouvons incapables de suivre un seul programme jusqu’au bout. Ou notre embarras lorsque, nous rendant à un dîner en ville, nous devons dénicher une bonne bouteille de vin parmi des centaines différentes : la honte d’être si ignorant en matière œnologique, l’effort pour imaginer ce que nos hôtes considéreront comme un bon choix, le sourire humiliant du sommelier… Avoir le choix est devenu la chose la plus importante dans nos vies. Le problème est que cette théorie du choix rationnel venue de l’économie ne concerne plus seulement nos actes de consommation mais s’impose dans nos affaires existentielles. Qu’il s’agisse de nos affaires familiales, de nos choix de carrière ou de nos loisirs, toute décision doit résulter d’un juste calcul. Chacun est censé être totalement maître de sa destinée. Et il ne peut s’en prendre qu’à lui-même s’il n’a pas effectué le bon choix. C’est ce que j’appelle la tyrannie du choix.