Repérages/Avril 2018
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Cet article est issu du numéro 118 de Philosophie magazine « 118 - avril 2018 », en kiosque le 22 mars 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’image
Sur la Terre comme sur Mars ?
Pour un peu, on s’y croirait. L’étendue minérale, avec ses reliefs teintés d’ocre, les astronautes isolés, comme perdus dans l’immensité… Ce cliché a été pris au sud d’Israël, dans le désert du Néguev. C’est là qu’a été organisée récemment une mission baptisée « D-Mars ». Six scientifiques israéliens ont effectué un séjour de quatre jours pour simuler une expédition sur la planète rouge. Une nacelle d’habitation a été construite, des expériences géo-biologiques menées. Mais en attendant que des vaisseaux spatiaux israéliens se rendent réellement sur Mars, observons les vrais-faux astronautes : leur regard est tourné vers le sol, et non vers le ciel. En 1934, Edmund Husserl rédige un texte au titre apparemment paradoxal, étrange aussi, « L’arche-originaire Terre ne se meut pas ». Quoi, la Terre immobile ? Il faut dire que le philosophe allemand, fondateur de la phénoménologie, ne considère pas la Terre à la façon de la science moderne issue de Copernic ; elle n’est pas pour lui un corps (qui bouge, donc) ou « une étoile parmi les étoiles ». Non, elle est un « sol originaire » : c’est à partir d’elle, « souche » première et fixe, que nous pouvons concevoir tout mouvement – mieux, elle est l’horizon de toute expérience possible. Et Husserl, qui prend dès 1934 l’exemple d’un voyage vers la Lune, d’évoquer les étoiles : celles-ci sont connaissables, certes, mais ces objets sont appréhendés « depuis la Terre », foyer de l’humanité. En ce sens, l’espace sera toujours « terrien », humain, aussi loin que nous allions. Leçon husserlienne : on emporte toujours avec nous la Terre quand nous la quittons. Et c’est encore sur Terre que nous pouvons apprendre à faire comme si nous n’y étions plus. Et si l’expérience israélienne ne nous projetait pas tant là-bas qu’ici ?