Repérages/Juillet 2020

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Cet article est issu du numéro 140 de Philosophie magazine « 140 - juillet 2020 », en kiosque le 18 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’image/Un monde sous cloche

Prêts pour un dîner aux chandelles un peu particulier ? Direction Amsterdam. Le restaurant du centre culturel Mediamatic a eu une idée étonnante : installer sur les berges de l’un des canaux de la ville une ribambelle de petites serres destinées à accueillir les convives. À l’origine, les structures de verre étaient réservées à des projets artistiques. Elles ont été détournées de leur usage, devenant des sortes de cocons intimes où aucun serveur ne pénètre – les plats sont servis depuis l’extérieur sur une planche de bois qui parcourt la table ronde située à l’intérieur. L’objectif est bien sûr de faire respecter les règles de distanciation physique. Manger dans une serre, à la fois retranchés et exposés aux yeux de tous, une initiative anodine ? Les serres, écrit le philosophe allemand Peter Sloterdijk dans Écumes (2005), « délimitent une enclave atmosphérique dans l’air de l’environnement et stabilisent une différence entre l’espace intérieur et extérieur ». Il s’agit de rendre possible « la survie dans un élément hostile à la vie ». De fait, les plantes sont protégées par le micro­climat qui règne dans la serre. Mais celle-ci a une fonction immunitaire qui ne concerne pas seulement le règne végétal. Pour Sloterdijk, « le fait humain repose sur un effet de serre » : dans un environnement devenu hostile en raison des conséquences de l’exploitation des ressources naturelles – pollution des eaux, de l’air, etc. –, les hommes sont contraints de se créer des espaces protégés, des « microsphères » permettant d’oublier le monde extérieur et ses tracas. Et pour cela, quoi de mieux qu’un bon repas en tête-à-tête ?

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