Sandra Laugier, Gaspard Koenig. Liberté, égalité… et quoi d’autre ?

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Cet article est issu du numéro 128 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une société juste ? », en kiosque le 28 mars 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Revenu universel, éducation, démocratie participative… Sandra Laugier, spécialiste de la philosophie américaine et de la théorie du care, débat avec le penseur libéral Gaspard Koenig, fondateur du laboratoire d’idées GenerationLibre.

Sandra Laugier : Je me suis engagée aux côtés de Benoît Hamon durant l’élection présidentielle, pour m’occuper du « Forum des idées », dont l’enjeu était d’impliquer les intellectuels et de défendre les propositions de la société civile. Le but du revenu universel, que le candidat défendait comme une mesure de justice sociale, était d’assurer à chacun, inconditionnellement, en tant que membre de la collectivité, les conditions minimales de la réalisation de soi, d’une vie digne, sans considération pour le mérite ou une situation spécifique.

 

Gaspard Koenig : Je défends aussi le revenu universel au sein de Generation Libre. Peu à peu, les systèmes redistributifs s’y acheminent, même si des résistances paternalistes demeurent. À droite, elles consistent à dire : distribuer de l’argent ainsi n’est pas moral. À gauche : les gens pauvres ne sont pas à même de se débrouiller seuls, ils ne savent pas « gérer ».

 

S. L. : Il faut en effet faire confiance aux individus et les considérer comme compétents pour gérer leur vie. Le revenu universel ébranle aussi la « valeur travail ».

 

G. K. : Les syndicats détestent le revenu universel parce qu’il sort la « valeur travail » de la structure architectonique de la société. John Rawls lui-même était contre car il concevait la société comme un tout. Il s’est opposé au philosophe Philippe Van Parijs lors de la controverse du « surfeur de Malibu » : est-il légitime de donner de l’argent au surfeur pour son loisir égoïste, qui théoriquement ne donnerait rien en échange ? Oui, selon Philippe Van Parijs, pour lequel la justice sociale se résume à la liberté réelle. Du moment que l’on donne à chacun de quoi réaliser son potentiel et ses valeurs, il n’y a plus à se soucier de ce que possèdent les autres, de sorte que ce n’est pas tant l’inégalité en soi que l’on supprime mais plutôt le sentiment d’inégalité. Alors que nous nous éloignons du salariat et du filet de sécurité qu’il représente, le revenu universel lisse la distinction entre chômage et activité. S’il était appliqué, la « valeur travail » ne commanderait plus l’ensemble de l’organisation sociale.

 

« Promouvoir le revenu universel à partir d’un pur exercice de liberté repose sur une conception abstraite du sujet »

Sandra Laugier

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