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Se gratter : aux origines d’une étrange volupté

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Se gratter : aux origines d’une étrange volupté

© Simarik/iStockphoto

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Une enquête récente révèle que se gratter quand ça démange aurait des vertus anti-inflammatoires… De Platon à Sartre, les philosophes aussi se sont intéressés à ce plaisir coupable. Exploration à fleur de peau. 


 

Gratter, gratter, re-gratter encore et encore. On le sait que ce n’est pas bien, mais bon Dieu, que ça fait du bien ! Un article paru dans la revue Science en janvier 2025 dévoile en détaille les rouages de ce qui apparaît d’abord comme un cercle vicieux. L’activation de nos cellules d’immunités (les mastocytes), notamment par certains allergènes, nous donne envie de nous gratter. Mais à l’instant où l’on cède, on libère de nouvelles cellules. C’est la raison pour laquelle le grattage implique toujours plus de grattage.

Cette irrépressible démangeaison porte un nom médical bien peu avenant : le prurit. Avec 2 millions de personnes qui souffrent d’eczéma en France et une augmentation massive des allergies (le nombre d’allergiques a été multiplié par 10 en 50 ans), ce mal pourrait bien être celui du siècle. Pas forcément grave, mais parfois très handicapant, il met les nerfs à rude épreuve… Et le derme à fleur de peau.

Mais dans ce domaine très sensible qu’est le grattage, une petite révolution est en train d’avoir lieu. Jusqu’à récemment, les scientifiques ne comprenaient pas pourquoi la démangeaison provoquait une sorte de plaisir qui nous encourageait à nous gratter encore plus. Pour expliquer ce phénomène, l’article de Science suggère que le grattage favorise le processus anti-inflammatoire, tout en permettant d’augmenter notre défense contre le staphylocoque doré, présent en quantité chez les patients atteint d’eczéma. Ces bénéfices expliqueraient autant la « sensation agréable » du grattage que l’absence de « comportement d’évitement » du corps lorsqu’il éprouve ce sentiment de démangeaison. Bref, si ça fait autant du bien, ce n’est pas pour rien.

Un plaisir coupable ?

Cette étude scientifique sur le plaisir de se gratter fait écho à un thème beaucoup plus classique qu’il n’y paraît en philosophie. Dans le Gorgias de Platon, Socrate va jusqu’à faire du grattage un symbole du plaisir coupable. « Suppose que quelque chose démange, qu’on ait envie de se gratter, qu’on puisse se gratter autant qu’on veut et qu’on passe tout son temps à se gratter, est-ce là le bonheur de la vie ? », demande-t-il à Calliclès. La question est évidemment rhétorique. Pour le philosophe, une vie animée uniquement par ce genre de piètres joies corporelles est une existence « terrible, laide, misérable » : celle d’un « être obscène ». Satisfaire une démangeaison et jouir – même secrètement – de cette sensation implique un manque de maîtrise de soi dommageable à la dignité de celui qui se gratte frénétiquement. La satisfaction de la démangeaison est en l’occurrence similaire au tonneau des Danaïdes, qui fuit sans cesse car il est percé. Plus on se gratte, plus on a envie de se gratter, sans jamais trouver de réelle satisfaction. C’est donc plus largement la possibilité d’un bonheur véritable qui se trouve entachée par ce plaisir forcément coupable. 

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