Sigmund Freud : « Rien n’est plus difficile à supporter qu’une série de beaux jours »

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Cet article est issu du numéro 33 de Philosophie magazine « 33 - octobre 2009 », en kiosque le 24 septembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La psychanalyse n’a pas pour objectif de rendre heureux. Et pour cause… En citant cette phrase de Goethe, Freud rappelle à quel point le bonheur est utopique.

Héliophobe, Freud ? Au point de préférer au soleil la fumée de son cigare et les nuages du ciel viennois ? Quel spleen avait pu rendre intolérable au fondateur de la psychanalyse une simple série de beaux jours ?

À vrai dire, la phrase « Rien n’est plus difficile à supporter qu’une série de beaux jours », que l’on peut lire dans la sixième note de Malaise dans la civilisation (1930), n’est pas de Freud, mais de Goethe, et Freud la juge exagérée. Elle illustre pourtant remarquablement la conception que ce dernier se fait du bonheur : « Ce qu’on nomme bonheur au sens le plus strict résulte d’une satisfaction plutôt soudaine de besoins ayant atteint une haute tension et n’est possible de par sa nature que sous forme de phénomène épisodique. » On retrouve ici allusivement l’idée que la jouissance vient de la suppression de la tension pulsionnelle, suppression qui intervient quand la pulsion a atteint son but (principe de plaisir). Très tôt dans son œuvre, Freud introduit les notions de tension, d’énergie, de quantité d’excitations qui doivent se décharger pour assurer le bon fonctionnement de l’appareil psychique (principe de constance). Mais il observera plus tard dans Au-delà du principe de plaisir que, si la tendance de la vie psychique est de restaurer un état antérieur, « il semble que le principe de plaisir soit au service des pulsions de mort ». On comprend alors que les quantités d’excitations diminuant avec la satisfaction, « toute persistance d’une situation qu’a fait désirer le principe du plaisir n’engendre qu’un bien-être assez tiède ». Du bonheur, si tant est qu’il existe, on dira donc qu’il est imprévu, discontinu et surtout évanescent. Or qu’est-ce qu’une série de beaux jours, sinon la négation de la surprise, du contraste, de la fuite qui donnent son sens au bonheur ? La répétition climatique engendre la désespérance : elle amenuise chaque jour les chances de surgissement de l’imprévisible. Et c’est finalement l’agonie quotidienne du désir, la disparition progressive du manque qui, paradoxalement, rend la poursuite de la vie insupportable.

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